Devant le palais de justice, un cri d’alarme pour la justice des mineurs
Réunis ce lundi 29 juin devant le palais de justice de Nîmes, des agents de la Protection judiciaire de la jeunesse (PJJ) Gard-Lozère ont dénoncé la dégradation des conditions d’accompagnement des jeunes suivis par la justice. Éducateurs, psychologues et assistants de service social venus de Nîmes, Bagnols-sur-Cèze et Alès pointent une accumulation de retards et un manque d’effectifs qui fragilisent, selon eux, la prévention de la récidive.
« Pour les primo-délinquants, dans 85 % des cas, si le suivi est bien réalisé, on ne reverra jamais les jeunes », explique Josselin Valdenaire, éducateur à Nîmes et secrétaire général CGT de la PJJ Gard-Lozère.
Le message est clair : sans encadrement suffisant, les délais s’allongent et l’objectif de réinsertion des mineurs s’éloigne. Les agents demandent des recrutements et des moyens matériels adaptés pour exercer correctement leurs missions auprès des adolescents suivis sous décision judiciaire.
Des retards qui s’accumulent et des effectifs sous pression
Dans le Gard, où sont concentrées les cinq unités judiciaires de la PJJ, 130 agents assurent aujourd’hui le suivi de plus de 750 jeunes. D’après les représentants mobilisés, la charge conduit à des délais inédits dans la prise en charge. Cent cinq mesures de suivi seraient en attente faute de personnels disponibles. Les agents relient en partie cette situation à la suppression de trois postes sur le territoire, une décision déjà contestée lors d’une mobilisation antérieure.
Le quotidien des équipes s’en trouve alourdi : « Un éducateur accompagne 25 mineurs en continu », souligne encore le représentant syndical. Ces conditions s’ajoutent à des locaux jugés vétustes et à une administration qualifiée de « maltraitante et négligente » par les manifestants, qui disent n’avoir obtenu à ce stade aucune réponse concrète.
| Indicateur | Donnée |
|---|---|
| Unités judiciaires (Gard) | 5 |
| Agents mobilisés pour le suivi | 130 |
| Jeunes suivis | 750+ |
| Mesures en attente | 105 |
| Postes supprimés (territoire) | 3 |
| Charge par éducateur (indiquée) | 25 mineurs |
Un enjeu qui concerne aussi la Lozère
Le périmètre Gard-Lozère implique directement le territoire lozérien : les jeunes suivis en Lozère relèvent des mêmes équipes et des mêmes moyens. Les professionnels insistent sur le rôle pivot de la PJJ : accompagner les adolescents mis en cause par la justice, mettre en place des mesures éducatives et prévenir de nouveaux passages à l’acte. Lorsque les suivis tardent à démarrer, rappellent-ils, les parcours s’interrompent, la scolarité et l’insertion en pâtissent, et la confiance entre institutions, familles et jeunes se fragilise.
Au-delà des chiffres, les agents décrivent un effet domino : des délais d’évaluation qui s’allongent, des rendez-vous espacés, des ateliers éducatifs qui peinent à se tenir dans des locaux inadaptés. La séquence actuelle, affirment-ils, met à l’épreuve les objectifs fixés par les juridictions pour mineurs et la cohérence de l’action éducative.
« Pas assez de moyens pour les mineurs »
Les manifestants reprochent un décalage entre les priorités affichées pour la justice et les moyens réellement alloués à la prise en charge éducative.
« Sur les 13 milliards de budget de la justice, il n’y a pas assez de moyens pour prendre en charge les mineurs », déplore Josselin Valdenaire. Si les arbitrages budgétaires dépassent l’échelle départementale, les conséquences, elles, se ressentent dans les services du Gard et de la Lozère : listes d’attente, charge accrue, démotivation et difficultés de recrutement dans certains métiers.
Ce que demandent les agents
- Des recrutements pour absorber les mesures en attente et réduire la charge par professionnel.
- Des locaux adaptés pour accueillir les jeunes et mener les entretiens dans des conditions dignes.
- Une reconnaissance des métiers de l’éducatif et un signal institutionnel clair sur la priorité donnée à la justice des mineurs.
Pour l’heure, les représentants de la PJJ Gard-Lozère affirment n’avoir reçu aucun engagement précis. Ils préviennent néanmoins que le maintien de la situation actuelle ferait peser un risque sur la fluidité des parcours éducatifs, au détriment des jeunes, de leurs familles et des équipes qui les accompagnent au quotidien.
Et maintenant ?
Les agents indiquent rester mobilisés et espèrent une réponse rapide des autorités compétentes. Leur alerte rappelle un enjeu simple : le suivi éducatif des mineurs repose sur des équipes présentes et stables, condition indispensable pour sécuriser les parcours et donner des perspectives à des adolescents sous main de justice, en Lozère comme dans le Gard.