Une histoire longue avant le numérique
Le Val‑de‑Marne se trouve souvent résumé à Rungis et aux industries pharmaceutiques de Vitry. Une autre histoire, moins visible, s’y écrit pourtant depuis le début du XXe siècle : la production d’images et de sons installée durablement autour de Vincennes, Joinville‑le‑Pont et Bry‑sur‑Marne.
Les racines de cette économie datent d'avant le cinéma parlant : à Joinville‑le‑Pont, Pathé installe des studios dès 1906. Plus tard, Kodak ouvre une usine de pellicule dont l’activité se poursuit jusqu’à la fin des années 1990 et au tournant des années 2000. Ces implantations ont laissé en héritage des lieux, des machines et surtout des compétences techniques transmises de génération en génération.
Un réseau d’entreprises plutôt que de grands groupes
Autour d’un noyau institutionnel — dont l'Institut national de l’audiovisuel (INA) — gravite aujourd’hui une nébuleuse de sociétés de production, de post‑production et d’archivage. L’INA, qui emploie plusieurs centaines de salariés à Bry‑sur‑Marne, illustre cette continuité entre archivage et nouvelles formes de production numérique.
- Des compétences techniques anciennes réemployées par les métiers du numérique.
- Une concentration d’entreprises de taille modeste mais complémentaire.
- Un coût foncier plus bas que Paris intra‑muros, qui favorise l’installation.
Contrairement aux grands groupes médiatiques parisiens, les sociétés présentes dans ce secteur n’ont pas toujours une envergure internationale. Elles forment cependant une densité industrielle peu commune pour une zone de banlieue, conférant au territoire une spécialisation peu délocalisable : savoir‑faire technique, post‑production, conservation et numérisation de fonds.
Conséquences locales et enjeux d’attractivité
Cette réalité a des effets concrets sur l’emploi et la formation : la filière génère des postes qualifiés, souvent techniques, qui irriguent les communes riveraines. Pourtant, l’image promotionnelle du département met encore en avant la logistique et la santé, au risque d’oublier un secteur porteur de valeur ajoutée locale.
Sur le plan des politiques publiques et d’attractivité, la question se pose : faut‑il mieux capitaliser sur cette tradition audiovisuelle pour développer des filières de formation, des pépinières ou des aides spécifiques, plutôt que de se concentrer exclusivement sur la logistique et la bioproduction ?
Ce que cela change pour le quotidien
Pour les habitants, la présence de ces activités signifie des opportunités d’emploi proches du domicile, des services techniques spécialisés et une offre culturelle et patrimoniale liée aux fonds audiovisuels conservés sur place. La mixité des fonctions — production, conservation, numérisation — contribue à une économie locale plus diversifiée que ne le laissent entendre les clichés.
| Année / Période | Événement |
|---|---|
| 1906 | Installation des studios Pathé à Joinville‑le‑Pont |
| Fin 20ᵉ siècle | Exploitation puis fermeture de l'usine Kodak |
| Présent | INA : plusieurs centaines de salariés à Bry‑sur‑Marne |
La mémoire industrielle du Val‑de‑Marne en matière d’image et de son n’est pas un archaïsme figé : elle constitue, au contraire, un socle sur lequel s’appuie aujourd’hui une économie numérique locale. Valoriser ce potentiel passe par des choix d’aménagement et d’accompagnement adaptés qui reconnaissent la spécificité et la pérennité de cette filière.