Un départ en douceur, au pas des passants
Vendredi en fin d'après-midi, le centre d'Amiens a changé de cadence. De la Maison de la culture jusqu'à l'hôtel de ville, une procession inattendue a entraîné le public dans l'ouverture du festival Les Tentaculaires. Huit artistes de la compagnie catalane Kamchàtka ont traversé la ville sans un mot, valises en main, pour un théâtre de regards et de gestes qui s'est accroché aux façades, aux bancs, à l'eau qui court sur la place de l'hôtel de ville. Des mains ont été serrées, des sourires cueillis, et même quelques bonbons d'enfants changés de poche.
« En silence, valise à la main, vêtus de gris »
La scène, presque photographique, évoque ces silhouettes en partance que l'on devine dans les archives. Le public nombreux n'a pas seulement suivi : il a participé, sautant parfois sur le mobilier urbain, s'allongeant dans la fine pellicule d'eau de la place, laissant les artistes mener la danse d'un mouvement commun.
Une écriture sans mots, à hauteur de ville
Chez Kamchàtka, il n'y a pas de dialogues. Tout passe par des rituels infimes : une étreinte offerte, une invitation à franchir une ligne. Cette marche a résonné avec des trajectoires d'exil — celles auxquelles on pense, de la fuite du franquisme à d'autres départs contraints où l'on ne garde qu'une photo — sans jamais appuyer le propos. Le geste seul, relayé par la foule, a porté l'ouverture du festival.
Cette déambulation revient ce samedi 4 juillet à 17 h 30, avec un point de départ annoncé rue de Noyon. Le parcours appartient aux artistes et au moment ; aux Amiénois aussi, qui en font la matière vive.
Les autres temps forts du week-end
Autre proposition sans parole, Distro a posé son cadre au parc de l'Evêché. Deux danseuses s'y frôlent, se tiennent, se lâchent, empruntant aux ambiances de bistrots de Bretagne ou d'ailleurs. Des voix en off, glissées comme des souvenirs, dessinent un arrière-plan d'époque. La pièce revient samedi en milieu d'après-midi et dimanche au début d'après-midi.
La veille, sur la place au Fil, la compagnie Acts of liberation a présenté Money, premier volet d'un triptyque, entre distribution de billets et mise à l'épreuve du confort des spectateurs. Les deux autres actes sont attendus ce samedi, avant un final très attendu : le spectacle de feu des Mélangeurs à 23 heures devant le cirque. L'annonce prévient : l'embrasement promet de s'entendre autant que de se voir.
Repères horaires et lieux
| Spectacle | Date | Heure | Lieu |
|---|---|---|---|
| Kamchàtka (déambulation) | Samedi 4 juillet | 17 h 30 | Rue de Noyon |
| Distro | Samedi 4 juillet | 15 h 20 | Parc de l'Evêché |
| Distro | Dimanche 5 juillet | 14 h 30 | Parc de l'Evêché |
| Les Mélangeurs (spectacle de feu) | Samedi 4 juillet | 23 h 00 | Devant le cirque |
Une ville en scène, à pas mesurés
Les Tentaculaires font résonner le cœur piétonnier d'Amiens, de la rue de Noyon aux abords du cirque, en passant par l'Evêché et la place au Fil. L'espace public devient le plateau, et les passants, des partenaires de jeu. La programmation montée d'un cran ce samedi donne un fil clair à celles et ceux qui veulent se laisser surprendre par un geste, une musique de pas, une lumière sur les pavés.
- Des compagnies catalanes invitées qui posent un regard sans paroles, frontal et sensible.
- Des horaires précis pour se repérer au milieu d'une déambulation mobile.
- Des lieux quotidiens d'Amiens transformés en scène à ciel ouvert.
Après ce lancement, le week-end s'annonce dense. Les spectateurs les plus timides peuvent rester en retrait ; ceux qui répondent à un regard se retrouvent parfois au centre de l'image. C'est la règle de ces spectacles qui se tissent avec la ville : chacun y prend place, au rythme de ce qu'il accepte d'y déposer.