Un ensemble oublié refait surface
Délaissé pendant des décennies dans les sous-sols de la basilique Saint‑Michel, à Bordeaux, un chemin de croix entièrement sculpté en pierre ressort aujourd’hui de l’ombre. L’ouvrage, redécouvert il y a deux ans, avait été retiré dans les années 1960 et a subi, selon les témoignages rapportés, des dégradations notables – jusqu’à la décapitation de plusieurs statues, qui se seraient produites en mai 1968. La paroisse de Bordeaux Saint‑Jean‑Apôtre engage désormais un chantier de restauration et ouvre un appel aux dons pour financer l’opération.
Une rareté en Gironde
Au-delà de l’émotion liée à la redécouverte, l’intérêt patrimonial est clairement souligné. Marc Favreau, conservateur en chef du patrimoine pour la Ville de Bordeaux, et le restaurateur Jocelyn Dausque insistent sur le caractère singulier de l’ensemble.
« Pourtant c’est une réalisation tout à fait exceptionnelle »rappellent-ils, en notant que la plupart des chemins de croix du département relèvent plutôt de la peinture ou de la sculpture sur bois. Ici, il s’agit de pierre, un choix qui change l’échelle, la technique et la lecture de l’œuvre.
Une matière noble, aujourd’hui introuvable
Le matériau d’origine est déterminant : la pierre de Lavaux. D’après le restaurateur, elle se distingue par un grain très serré, au point d’être située juste en dessous du marbre en termes de qualité.
« On n’en trouve plus sur le marché aujourd’hui », explique Jocelyn Dausque. Cette réalité pose un enjeu de conservation : restituer la cohérence de l’ensemble sans disposer aisément de la même pierre exige un savoir-faire très spécifique pour stabiliser, compléter ou consolider.
Poids, style et signature
Les composantes du chemin de croix impressionnent par leur masse et leur facture. Chaque élément pèserait entre 400 et 600 kilos, un gabarit qui conditionne la manutention, la remise en place et la sécurité du parcours liturgique dans la basilique. L’ensemble adopte un langage néoclassique, avec un travail de drapés renvoyant à l’Antiquité gréco‑romaine. La paternité de l’œuvre ajoute à son intérêt : elle est due à Edmond Prévôt, sculpteur girondin actif dans la seconde moitié du XIXe siècle, figure aujourd’hui méconnue mais dont ce cycle met en lumière le niveau d’exigence.
| Caractéristiques | Détails |
|---|---|
| Matériau | Pierre de Lavaux (grain serré) |
| Poids par élément | 400 à 600 kg |
| Style | Néoclassique (drapés à l’antique) |
| Auteur | Edmond Prévôt, sculpteur girondin |
Un chantier de sauvegarde au long cours
Si la restauration commence, l’état de conservation – marqué par des détériorations anciennes et des conditions d’entreposage défavorables – implique un travail patient. La remise en lisibilité des scènes, la stabilisation des volumes et l’adaptation aux contraintes d’un édifice très fréquenté exigent des choix méthodiques. Le poids des éléments requiert une logistique adaptée, tandis que l’indisponibilité de la pierre d’origine impose des solutions de conservation compatibles et réversibles. L’objectif est d’assurer à la fois la pérennité de l’ensemble et sa transmission aux visiteurs, fidèles ou simples curieux du patrimoine bordelais.
Mobilisation locale et appel aux dons
La paroisse, maître d’ouvrage de la remise en état, en appelle à la générosité des donateurs. L’enjeu dépasse la seule communauté paroissiale : c’est un pan du patrimoine bordelais, oublié puis retrouvé, qui peut reprendre sa place au sein d’un monument emblématique du quartier Saint‑Michel. En Gironde, la préservation de tels ensembles en pierre demeure rare ; soutenir ce chantier, c’est contribuer à la sauvegarde d’une pièce unique du paysage artistique du XIXe siècle local.
Ce qu’il faut retenir
- Un chemin de croix en pierre, retiré dans les années 1960 et redécouvert il y a deux ans, fait l’objet d’une restauration à la basilique Saint‑Michel.
- Œuvre d’Edmond Prévôt, réalisée en pierre de Lavaux, chaque scène pèse entre 400 et 600 kg et présente un style néoclassique.
- La paroisse Bordeaux Saint‑Jean‑Apôtre lance un appel aux dons pour mener à bien l’opération.
Les responsables du patrimoine et les restaurateurs l’affirment : la redécouverte de ce chemin de croix offre une occasion rare de reconstituer un jalon majeur de l’art sacré local. La réussite du chantier tiendra autant à la compétence des ateliers mobilisés qu’au soutien financier des personnes attachées au patrimoine bordelais.