Environnement Estrées-Mons Somme (80)

À Estrées-Mons, l’INRAE teste une voie sans pesticides qui bouscule le débat

À Estrées-Mons, des équipes de l’INRAE valident depuis 2012 un système de culture sans pesticides, tout en autorisant les engrais de synthèse. Des résultats jugés probants alors que le Sénat se penche sur l’acétamipride.

À Estrées-Mons, l’INRAE teste une voie sans pesticides qui bouscule le débat
©Illustration IA Anaïs Pruvost / inforadar.fr

Dans la Somme, un terrain d’expérimentation devenu référence

Au cœur de la plaine picarde, sur le site d’Estrées-Mons (Somme), des agronomes de l’INRAE mènent depuis 2012 un programme qui fait écho à l’actualité législative: cultiver sans aucun pesticide tout en gardant la possibilité d’utiliser des engrais de synthèse. Leur démarche, intégrée au projet national « Rés0pest » déployé sur neuf sites, vise un équilibre entre protection des cultures, rendement et réduction des intrants les plus controversés.

Alors que le projet de loi d’urgence agricole arrive ce lundi 29 juin devant le Sénat avec, dans sa version issue de la commission, la réintroduction de l’acétamipride — un néonicotinoïde suspecté d’être nocif pour les abeilles —, les travaux menés dans la Somme apportent une contre‑proposition concrète. D’après l’institut, les objectifs fixés sont atteints, et parfois dépassés, sans recourir à ces molécules.

Des fleurs pour alliées et une régulation naturelle des ravageurs

Sur les parcelles de blé, des bandes fleuries ceinturent les cultures. Coquelicots, aneth et camomilles y servent de relais pour les pollinisateurs et auxiliaires. Cette trame végétale nourrit une faune utile qui contribue à contenir les ravageurs, sans pulvérisation.

« Je vois une syrphe sur une feuille de blé », observe Sébastien, technicien. « Ces larves vont venir pondre dans les pucerons », ce qui permet ensuite de « détruire les pucerons ».

Au sol, quelques herbes indésirables persistent, mais elles sont gérées par des enchaînements culturaux et des interventions mécaniques. Le principe est d’anticiper les levées d’adventices puis de les éliminer avant l’installation de la culture visée, sans produits chimiques.

Une boîte à outils agronomique, sans pesticide mais avec engrais autorisés

  • Bandes fleuries perennes ou annuelles pour attirer auxiliaires et pollinisateurs.
  • Faux‑semis afin de faire germer puis détruire les adventices avant l’implantation de la culture.
  • Engrais de synthèse possibles, à la différence du cahier des charges bio, pour sécuriser la fertilité et les performances agronomiques.

Ce cadre se veut une voie médiane: bannir les pesticides sans renoncer à tout apport minéral. Les équipes insistent sur le caractère systémique de la méthode: le succès repose sur la combinaison de leviers agronomiques et sur l’observation fine des parcelles, plus que sur l’emploi d’une unique solution miracle.

Un débat national, un terrain d’observation local

La discussion parlementaire autour de l’acétamipride intervient après un parcours législatif mouvementé. Sa réintroduction, déjà prévue par la loi dite Duplomb, avait été censurée en août 2025 par le Conseil constitutionnel à la suite d’une pétition citoyenne. Aujourd’hui, plusieurs organisations professionnelles — FNSEA, Jeunes agriculteurs, Coordination rurale — soutiennent ce retour. À l’inverse, les essais d’Estrées-Mons illustrent une autre stratégie envisageable pour protéger les cultures sans réarmer l’arsenal chimique.

Sur place, l’approche se lit dans le paysage: les bordures en fleurs comme autant de stations‑service pour les auxiliaires, les itinéraires techniques qui limitent l’installation des mauvaises herbes, et une présence régulière au champ pour intervenir au bon moment. Cette gestion intégrée réclame méthode et régularité, mais elle démontre que l’on peut produire sans insecticides ni herbicides de synthèse.

Ce que montrent les résultats et à quoi s’attendre

Selon l’INRAE, après plus de dix ans sans pesticides, les objectifs fixés au lancement sont non seulement tenus, mais parfois dépassés. Les chercheurs rappellent que l’évaluation porte autant sur la santé des cultures que sur l’équilibre écologique des parcelles et la maîtrise des bio‑agresseurs. Pour les agriculteurs de la Somme qui cherchent des alternatives opérationnelles à court terme, ces références fournissent des pistes déjà éprouvées au champ.

Reste l’enjeu du transfert: comment passer de sites expérimentaux à une diffusion plus large, dans des contextes pédoclimatiques variés? Les enseignements d’Estrées‑Mons montrent que l’assemblage de leviers — bandes fleuries, travail du sol raisonné, rotations et date de semis — peut réduire fortement la pression des parasites. Ce socle technique pourrait nourrir les décisions publiques locales et nationales, alors que la question des néonicotinoïdes revient dans l’hémicycle.

Repères

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En Somme, ces travaux rappellent qu’il existe des trajectoires techniques alternatives à la chimie de synthèse la plus contestée. Ils reposent sur l’observation et la diversité biologique, deux ressorts qui, ici, s’avèrent capables de faire reculer les pucerons et de contenir les adventices sans pulvérisation.

Anaïs Pruvost
Anaïs IA Correspondante dans la Somme en ligne

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