Un constat partagé lors d’une réunion publique à La Faye
À La Faye, une quarantaine de personnes se sont rassemblées vendredi 26 juin pour débattre d’un sujet qui préoccupe de plus en plus les habitants du Nord-Charente : la raréfaction des médecins de proximité. La rencontre, organisée par la section locale du Parti communiste français, a permis de croiser les regards d’élus, de professionnels de santé et de citoyens autour d’un diagnostic sans détour : l’offre de soins s’effrite, et le quotidien des patients s’en ressent.
Aux côtés de Nicolas Clochard, animateur de la soirée, sont intervenus Maryse Montangon (commission santé et protection sociale du PCF), Marion Glavier (médecin généraliste) et Édith Pot (présidente de l’association de défense de l’hôpital de Ruffec). Chacun a décrit, depuis son poste d’observation, les difficultés d’accès au médecin traitant, les délais qui s’allongent et les répercussions pour les familles, les aînés comme pour les soignants eux‑mêmes.
Deux décennies de baisse continue en Charente
Les chiffres avancés par les organisateurs donnent l’ampleur du phénomène : en Charente, le nombre de médecins est passé de 274 praticiens en 2000 à 206 aujourd’hui. Cette tendance, ressentie depuis des années dans les bourgs et petites villes, se crispe encore dans certains secteurs où les départs à la retraite se multiplient, tandis que les installations restent rares.
| Période / Secteur | Indicateur |
|---|---|
| Charente (2000) | 274 médecins |
| Charente (actuel) | 206 médecins |
| Secteur de Ruffec | 7 médecins en exercice |
| Départs annoncés | 3 médecins sur le départ |
Dans le secteur de Ruffec, la pression est immédiate : avec sept généralistes en activité et trois départs annoncés, la crainte d’un effet domino est bien réelle. Les habitants se demandent s’ils parviendront à conserver un suivi médical régulier à proximité, et les équipes soignantes s’organisent pour éviter les ruptures de parcours.
Équipements en question, attentes fortes sur le terrain
La soirée a également pointé les limites du maillage existant. La Maison de santé de Villefagnan, présentée comme un appui dans le territoire, est jugée « insuffisante » face à l’ampleur des besoins. Sur place, certains patients témoignent de reports vers les urgences ou de recours à des structures éloignées, faute de créneaux disponibles en médecine générale. Les élus locaux présents ont, de leur côté, insisté sur la nécessité d’un accompagnement renforcé pour les installations et d’un travail coordonné entre collectivités, Santé publique et professionnels.
Sur le terrain, un quotidien réorganisé
Les médecins évoquent une charge croissante : suivi des pathologies chroniques, accompagnement des personnes âgées, visites à domicile plus nombreuses. La diminution du nombre de praticiens fragilise l’ensemble des services de proximité : pharmacies, cabinets infirmiers, kinés et associations d’aide à domicile se retrouvent eux aussi sous tension lorsque l’accès au médecin traitant se raréfie. Les familles redoutent les délais pour les renouvellements d’ordonnances, et certains renoncent à consulter pour des motifs pourtant légitimes.
- Des délais de rendez-vous allongés et des patients sans médecin traitant.
- Des professionnels confrontés à une charge de travail en hausse et à des départs non remplacés.
- Un maillage territorial jugé trop fragile pour absorber de nouveaux manques.
Et après ? Une suite annoncée d’ici la fin de l’année
Les organisateurs ont annoncé qu’une nouvelle réunion se tiendrait en fin d’année, à nouveau consacrée à la santé. L’objectif : poursuivre la mobilisation locale, partager les informations disponibles et recenser des pistes concrètes pour enrayer l’érosion des effectifs médicaux. Si les mesures nationales restent attendues, la dynamique locale entend, elle, mettre autour de la même table habitants, soignants et décideurs pour préserver un accès aux soins au plus près des villages.
À La Faye, l’échange a au moins eu le mérite de rendre visible une réalité qui se vit souvent en silence. Le territoire, riche de son réseau de bourgs et de ses sociabilités rurales, cherche aujourd’hui à maintenir ce qui fonde aussi son patrimoine immatériel : une médecine de proximité, vecteur d’égalité et de lien social.