Un melon « charentais » qui n'est pas forcément produit en Charente
Si l'appellation « melon charentais » évoque une image régionale, elle ne garantit pas que le fruit ait été cultivé en Charente. Pourtant, à Mainxe-Gondeville, à une dizaine de minutes de Cognac, Delphine et Caroline Millon-Mesnard perpétuent une culture familiale et ont fait le choix de valoriser la production localement, en direct du champ.
Reprise par les sœurs d'une exploitation implantée en Grande Champagne, terroir renommé pour la qualité de ses eaux-de-vie, l'activité melon trouve ici un double ancrage : un héritage viticole transformé pendant la crise du cognac des années 1980, et une adaptation récente aux attentes des consommateurs.
Du champ au magasin : la vente directe comme pari
Le père des deux femmes avait diversifié l’exploitation en plantant, à l’époque, environ 40 hectares de melons, principalement destinés à la grande distribution. À partir de 2011, lorsque Delphine rejoint l'exploitation, elle réduit la surface consacrée au melon pour développer le maraîchage et privilégier la vente directe. Ce changement de modèle a porté ses fruits : tout l’été, le magasin de la ferme, ouvert six jours sur sept, attire une clientèle régulière.
- Fréquence : magasin ouvert six jours sur sept tout l'été.
- Marché local : chaque vendredi après-midi, une quinzaine d'éleveurs et producteurs locaux rejoignent le site.
- Organisation familiale : Caroline, ancienne avocate, a pris en 2023 la gestion administrative de l'exploitation.
Traçabilité, main-d’œuvre et marché
La gestion administrative est devenue plus lourde : la demande de traçabilité pèse sur les producteurs, rappelle Caroline, aujourd’hui en charge des démarches. La culture du melon exige également beaucoup de main-d’œuvre, un facteur structurant pour de petites exploitations qui choisissent la vente directe plutôt que les circuits longs.
| Zone | Part indicative de la production |
|---|---|
| Sud-Est | plus de 50 % |
| Centre-Ouest | 26 % |
| Sud-Ouest | 22 % |
Ces chiffres montrent que si la Charente a une tradition melonnière, la production française reste largement concentrée dans le Sud-Est, puis le Centre-Ouest et le Sud-Ouest. Les premiers fruits de la saison proviennent parfois d'Espagne ou du Maroc avant qu'une partie des cultures françaises ne prenne le relais fin mai.
Une dynamique de terroir au-delà du melon
Le vendredi après-midi, le magasin se transforme en un véritable marché de terroir : fromages, viandes, légumes et autres spécialités locales complètent l'offre et attirent des clients de la région. Ce modèle favorise les circuits courts et renouvelle l'attractivité des exploitations familiales en milieu rural.
À Mainxe-Gondeville, la démarche des Millon-Mesnard illustre un autre visage de l'agriculture charentaise : moins d'hectares consacrés à une monoculture, plus de diversité et une relation directe avec le consommateur. Une stratégie qui, localement, paie et préserve un savoir-faire agricole et patrimonial.