Une profession en première ligne, mais sans ancrage statutaire
À Mantes-la-Jolie, le 27 juin 2026, trois AESH du collectif AESH 78 ont exposé leurs réalités de terrain à l’hôtel de ville, face au député Benjamin Lucas (Génération.s) et aux nouvelles adjointes mantaises Binta Sy (Santé publique et Handicap) et Kim Mai Nguyen (Éducation et Cité éducative). Elles ont résumé, avec des mots simples et une expérience accumulée, la persistance d’un statu quo qui fragilise un maillon essentiel de l’école inclusive.
Au cœur des échanges, un constat récurrent : l’absence de statut clair alimente la précarité du métier. S’y ajoutent des rémunérations jugées insuffisantes, un horizon d’évolution professionnelle limité, et un déficit de reconnaissance qui entame la motivation. Selon les organisations syndicales, la profession est exercée à 94 % par des femmes, un élément qui renforce l’acuité sociale de la question.
Des affectations mouvantes et des heures d’accompagnement sous tension
La rencontre intervenait alors que les affectations pour l’année scolaire 2026‑2027 venaient d’être communiquées. Dans l’académie de Versailles, l’accélération du déploiement des pôles d’appui à la scolarité (PAS) recompose les périmètres d’intervention. Les accompagnantes, désormais rattachées à un secteur géographique, peuvent être mobilisées sur jusqu’à trois établissements. Cette flexibilité, défendue comme un moyen d’ajustement, est vécue sur le terrain comme une fragmentation des suivis et des temps auprès des élèves.
« Nous nous battons pour obtenir les moyens d’exercer dignement notre métier. Nous sommes là pour faire grandir de futurs citoyens, pour éviter que ces enfants ne deviennent des adultes enfermés chez eux à 30 ans. »
« Nous dépendons désormais d’un secteur géographique dans lequel on peut nous demander de travailler dans trois établissements différents parfois. Les enfants ne bénéficient finalement pas du nombre d’heures qui leur a été alloué. »
Une écoute politique locale, des attentes concrètes
La présence conjointe d’un parlementaire et de deux élues mantaises a ouvert un espace d’écoute et de mise en perspective des difficultés au plus près des classes, de la maternelle au secondaire. Les représentantes du collectif, engagées au sein d’établissements mantais, ont rappelé les besoins de stabilité des équipes et de sécurisation des parcours professionnels, sans lesquels l’inclusion scolaire reste fragile pour les enfants et leurs familles.
Au fil des années, dans les Yvelines comme ailleurs, le même fil rouge se déroule : l’école inclusive ne peut se déployer durablement sans conditions d’emploi consolidées pour celles et ceux qui accompagnent au quotidien les élèves en situation de handicap. Le témoignage livré à Mantes-la-Jolie s’inscrit dans cette durée, avec l’idée que la réponse doit articuler organisation des services, cadre d’emploi et continuité pédagogique.
Repères de la rencontre
| Interlocuteurs | Rôle/Fonction |
|---|---|
| Benjamin Lucas | Député (Génération.s) |
| Binta Sy | Adjointe à la Santé publique et au Handicap (Mantes-la-Jolie) |
| Kim Mai Nguyen | Adjointe à l’Éducation et à la Cité éducative (Mantes-la-Jolie) |
| Collectif AESH 78 | Trois accompagnantes d’élèves en situation de handicap |
À l’issue des échanges, un point fait consensus : la promesse d’un accompagnement scolaire de qualité repose sur des moyens humains consolidés et un maillage territorial qui ne dilue ni le temps ni la relation éducative. Si la réorganisation par secteurs et la montée en charge des PAS entendent répondre à la diversité des besoins, leur traduction concrète interroge le temps effectif d’accompagnement par élève, sujet particulièrement sensible pour les équipes pédagogiques et les familles mantaises.
Ce que disent les professionnelles concernées
- Des missions essentielles au service de l’autonomie des élèves, mises à l’épreuve par la multiplication des sites d’intervention.
- Une reconnaissance professionnelle jugée insuffisante, grevée par l’absence de statut et des salaires bas.
- Un enjeu de continuité pour garantir aux enfants le nombre d’heures allouées et la stabilité de la relation éducative.
Dans une ville qui a longtemps écrit son histoire au rythme des mutations sociales et urbaines, la parole de ces accompagnantes rappelle que l’inclusion ne se décrète pas ; elle s’organise. La scène mantaisienne, le temps d’une matinée d’échanges, a offert un miroir lucide d’un débat national qui se joue d’abord dans les salles de classe.