Un travail au long cours, une reconnaissance jugée insuffisante
À Sichamps, une accueillante familiale qui héberge des personnes âgées et en situation de handicap dit sa lassitude face à une rémunération qu’elle estime trop faible pour un engagement continu, de jour comme de nuit. Cette quinquagénaire, prénommée Lorraine (*), s’occupe au quotidien de trois personnes, âgées de 70, 65 et 47 ans, confiées par l’aide sociale en raison de troubles d’intensité variable. Selon elle, la charge est lourde, psychologiquement comme physiquement, et sa fiche de paie ne suit pas.
« Il y a un manque de reconnaissance du Département et de l’État. Il ne faut pas confondre les personnes avec des troubles psychiatriques ou mentaux et celles sans. »
Elle décrit des journées sans véritable coupure, une présence constante, des activités organisées pour maintenir des repères et du lien, et parfois des dépenses avancées de sa poche pour compléter l’ordinaire. À l’issue de la dernière session du conseil départemental consacrée à l’autonomie, qu’elle a regardée en direct, elle dit n’avoir entendu « aucune revalorisation » évoquée.
Des montants sous tension, un cadre assumé par la Nièvre
Dans la Nièvre, la rémunération journalière de l’accueillant familial adossée au statut social est fixée à 2,5 fois le Smic horaire brut (environ 31 €), indique la professionnelle, qui ajoute percevoir 750 € nets par mois et par personne hébergée, versés par le conseil départemental. Elle souligne que d’autres départements appliquent, selon elle, un coefficient supérieur, à hauteur de trois fois le Smic.
| Élément | Montant/repère |
|---|---|
| Base journalière | 2,5 × le Smic horaire brut (≈ 31 €) |
| Net mensuel par personne accueillie | 750 € |
| Personnes accueillies | 3 (70, 65, 47 ans) |
Interpellé quelques jours plus tôt par l’intéressée, le président du Département, Fabien Bazin, rappelle la « place essentielle » des accueillants dans la politique de l’autonomie et qualifie cette forme d’hébergement de « profondément humaine » et de « richesse pour nos territoires ». Sur le plan financier, il affirme que la Nièvre « applique aujourd’hui le cadre prévu par les textes », comme « de nombreux autres Départements », tout en reconnaissant que « des collectivités ont effectivement fait un choix différent ».
Le nœud du financement de l’autonomie
Pour l’exécutif départemental, la question de la rémunération ne peut être isolée des équilibres globaux des politiques d’autonomie et des moyens alloués par l’État. Autrement dit, une éventuelle hausse n’est pas envisagée sans clarification des financements nationaux. Un raisonnement classique chez les départements, qui financent l’accompagnement à domicile et diverses prestations tout en voyant leurs budgets sociaux augmenter structurellement.
De son côté, la professionnelle pointe un « gel » ancien au niveau national, dénonçant l’absence de revalorisation « depuis 2004 ». Elle plaide pour une prise en compte plus fine des profils accueillis, en distinguant les prises en charge marquées par des troubles psychiatriques ou cognitifs de celles qui ne le sont pas, afin d’ajuster la rémunération à la réalité du quotidien.
Sur le terrain, des vies à orchestrer
Au-delà des montants, le cœur du sujet reste l’organisation de la vie chez l’accueillant. Dans la maison, les journées s’égrènent au rythme d’activités pensées pour les pensionnaires, de la toilette aux repas, en passant par les sorties et les rendez-vous médicaux. Les nuits, souvent hachées, imposent une vigilance constante. La professionnelle parle d’« épuisement », signe d’une intensité qu’elle souhaiterait mieux reconnue.
- Un engagement 24 h/24, 7 j/7, avec des responsabilités de soins et de sécurité.
- Des dépenses annexes qui peuvent survenir au quotidien.
- Une demande de revalorisation et de différenciation selon la complexité des situations.
Et maintenant ?
La session départementale sur l’autonomie n’a, selon elle, rien changé à court terme. Le Département campe sur un cadre qu’il dit être celui du droit en vigueur, tout en mettant en avant l’utilité sociale des accueillants familiaux. Le débat pourrait donc se poursuivre à l’échelle nationale, là où se décident les moyens des politiques sociales. En attendant, à Sichamps comme ailleurs, la continuité de l’accueil repose sur des binômes fragiles : des personnes vulnérables et des professionnels à domicile qui demandent des garanties pour durer.
Au-delà du cas individuel, la question posée à la Nièvre est celle de l’attractivité du métier et de la capacité à maintenir des solutions de proximité, en milieu rural notamment. La densité de l’offre, l’usure professionnelle et la reconnaissance salariale seront des pièces maîtresses pour éviter les ruptures de parcours et préserver ce maillon discret mais décisif de l’accompagnement.