Un groupe qui met des mots sur l'épuisement
À Alençon, derrière une porte de la rue Saint-Blaise, crayons et pinceaux sont rangés sur une table. Ici, des habitants frappés par le burn-out se retrouvent pour souffler, dire ce qui ne passe plus et tenter de reconstruire des repères. Ce jour-là, quatre personnes — Claire, Pierre, Amandine et Lisa* — ont accepté de partager leur vécu. Ils ont entre 40 et 60 ans. Le rendez-vous est animé par trois thérapeutes de l’association En-imagin’air, qui réunit ce groupe une fois par mois.
Le décor est simple, l’ambiance attentive. Loin des discours théoriques, les mots tombent nets : fatigue qui cloue au lit, gestes du quotidien qui deviennent montagnes, liens sociaux qui se distendent. Les participants viennent d’horizons différents : trois femmes issues du médico-social, un homme engagé dans l’éducation à l’environnement. Tous le disent à leur manière : l’épuisement ne choisit ni le métier ni l’âge.
Des vies ralenties jusqu’à l’arrêt
Le burn-out ne se résume pas à « être fatigué ». L’OMS parle d’un sentiment de fatigue intense, de perte de contrôle et d’incapacité à obtenir des résultats concrets au travail. Derrière cette définition, des réalités très terre à terre. Claire l’explique sans détour : un an presque sans sortir du lit, plus d’énergie pour se laver, s’alimenter correctement, ni pour maintenir une vie sociale. Le jardin pourtant tout proche ? Trop loin pendant des mois.
« Le jour où le corps dit stop, on ne peut plus se lever pour aller travailler. »
Dans le groupe, le temps s’étire. Les tâches les plus banales prennent des jours, parfois des semaines. Constater qu’il faut faire, puis parvenir à le faire : 15 jours à 3 semaines peuvent s’écouler. Passer l’aspirateur dans une chambre devient une victoire qui compte. Sortir de chez soi, s’habiller, se laver : autant d’étapes qu’il faut reconquérir.
Paroles, gestes simples et soutien régulier
Le choix des crayons et des pinceaux n’a rien d’anecdotique. Le travail proposé ici passe par la parole, mais aussi par des activités manuelles qui aident à relancer l’attention et à poser des émotions autrement que par des phrases. Cette mise à distance, conjuguée au cadre régulier du groupe, crée des appuis pour tenir entre deux rendez-vous, quand l’énergie vacille et que les automatismes de la vie quotidienne font défaut.
Les échanges, cadrés par les thérapeutes d’En-imagin’air, permettent d’identifier ce qui déclenche la panne et ce qui aide à la contourner. Chacun avance à son rythme. L’enjeu, ici, n’est pas la performance mais la constance : revenir, écouter, dire quand c’est possible, se taire quand c’est trop, et peu à peu remettre une brique sur l’autre.
Un phénomène sans frontière professionnelle
Les profils rassemblés à Alençon rappellent une donnée incontournable : l’épuisement au travail traverse les secteurs. Dans le médico-social, les exigences émotionnelles et le sous-effectif minent peu à peu les organismes ; dans l’animation environnementale, l’engagement et la charge de projets laissent parfois peu de marge. Partout, l’usure s’installe en silence, souvent sur des années, jusqu’au jour où tout cale.
« C’est brutal, même si le processus s’étire sur le temps. »
Le groupe met aussi au jour un point commun : la difficulté à reconnaître le signal d’alarme et à l’entendre. Remettre à plus tard, penser que cela ira mieux d’ici quelques jours… jusqu’à accepter qu’il faut lever le pied durablement.
Points d'appui à Alençon
Sans se substituer à une prise en charge médicale, ce rendez-vous mensuel offre un sas, une respiration. Il aide aussi à rompre l’isolement, alors que l’épuisement coupe souvent des proches et du collectif de travail. En s’ancrant au cœur d’Alençon, ces rencontres offrent une porte ouverte de proximité, identifiable et régulière.
| Repères | À Alençon |
|---|---|
| Lieu | Rue Saint-Blaise |
| Association | En-imagin’air |
| Fréquence | Une fois par mois |
Le message répété aux nouveaux venus est simple : faire petit, mais faire. Se ménager des objectifs réalistes, accepter les temps morts, célébrer les progrès concrets. Car ici, un coup d’aspirateur peut valoir autant qu’un entretien d’évaluation : il marque une reprise, même minime, sur le quotidien.
- Le burn-out se manifeste par une fatigue extrême, une perte de contrôle et une baisse d’efficacité professionnelle.
- À Alençon, un groupe de parole mensuel réunit des personnes de 40 à 60 ans, issues de secteurs variés.
- Les séances, menées par des thérapeutes d’En-imagin’air, mêlent expression libre et activités créatives.
*Prénom modifié.