Une quantité inédite de bois à écouler
Le gigantesque incendie qui a parcouru la Gironde laisse derrière lui une problématique immédiate pour la filière forestière des Landes de Gascogne : l'arrivée sur le marché d'environ 4 millions de tonnes de pins maritimes, soit près des deux tiers de la production annuelle du massif. Ce « surplus » pèse sur les prix et oblige acteurs publics et privés à repenser les circuits d'écoulement et de transformation du bois.
Le feu est officiellement "fixé" depuis le 30 juillet, mais les forestiers ne peuvent pas encore pénétrer au cœur des parcelles sinistrées. Les sols restent dangereux : foyers résiduels et cendre chaude interdisent pour l'heure l'accès des engins nécessaires à l'abattage et au débardage. Comme lors des précédentes grandes crises, il faudra parfois attendre les pluies automnales pour déclarer le sinistre totalement éteint et autoriser les travaux d'enlèvement.
Un enjeu de calendrier et de qualité
La fenêtre d'intervention après un feu est courte et déterminante. L'objectif des propriétaires et des opérateurs est d'abattre et de valoriser les arbres brûlés avant l'installation du scolyte, un insecte ravageur qui colonise rapidement les bois affaiblis. Selon le degré de brûlure, le destin des arbres variera :
- troncs fortement abîmés destinés aux pellets pour le chauffage ;
- tronçons partiellement préservés pouvant servir à la fabrication de palettes ou à l'industrie papetière ;
- bois de meilleure qualité susceptibles d'alimenter le marché du bois d'œuvre (panneaux, tasseaux...).
« Il faudra abattre tous les arbres incendiés au plus vite, avant que n'apparaisse le scolyte », indique l'analyse des professionnels.
Des prix fortement variables
Les usages conditionnent la valeur du bois. Sur la base des évaluations sectorielles, le prix du mètre cube de pin peut osciller d'environ 10 euros pour du bois très dégradé à plus de 50 euros pour du bois relativement épargné. Dans ce massif où les relations commerciales sont largement informelles, les transactions se traitent souvent de gré à gré, sans cotation officielle — exception faite des ventes réalisées par l'Office national des forêts ou certaines communes, qui passent par appels d'offres.
| Usage potentiel | Fourchette indicative du prix (€/m3) |
|---|---|
| Pellets / bois énergie | ~10 |
| Palettes, pâtes à papier | intermédiaire |
| Bois d'œuvre (panneaux, tasseaux) | jusqu'à >50 |
Conséquences économiques et organisationnelles
L'afflux de matière première pose plusieurs défis : saturation des capacités de stockage et de transformation, pression à la baisse sur les prix locaux, et concurrence accrue entre acheteurs. Les petites exploitations forestières, majoritaires dans la région, risquent d'être particulièrement exposées si elles doivent vendre rapidement à des tarifs réduits. Les acteurs publics et les industriels auront à coordonner interventions sur le terrain, tri des assortiments et logistique pour éviter un effondrement des marchés locaux.
Ce que cela change pour les territoires
Au-delà des enjeux économiques, la gestion de ce volume de bois impactera la recomposition des paysages forestiers et les calendriers de replantation. La filière, déjà fragilisée par des épisodes climatiques récents et la faible croissance économique, se retrouve face à une épreuve de longue haleine : reconstruire des peuplements résilients tout en trouvant des débouchés pour des millions de tonnes de bois dans des conditions de marché tendues.
Les prochaines semaines seront donc cruciales pour l'organisation des chantiers, la préservation des prix et la mobilisation des outils publics et privés permettant d'absorber cette masse de matière première sans pénaliser durablement les exploitants locaux.