Culture Avignon Vaucluse (84)

Avignon célèbre la langue coréenne au Festival pour sa 80e édition

Le Festival d’Avignon met en lumière les arts vivants sud-coréens pour sa 80e édition, avec Han Kang, lauréate du Nobel 2024, et une série de créations inspirées par l’histoire de Jeju.

Avignon célèbre la langue coréenne au Festival pour sa 80e édition
©Illustration IA Joachim Vassal / inforadar.fr

Le coréen invité d’honneur pour une édition singulière

À Avignon, la 80e édition du Festival met le cap vers la péninsule coréenne. Après l’anglais, l’espagnol et l’arabe, le coréen devient la langue invitée d’un rendez-vous qui démarre samedi, renouant avec l’esprit de découverte qui a fait la réputation de la cité papale en été. Le directeur Tiago Rodrigues résume l’enjeu en rappelant le décalage entre la visibilité planétaire de la pop-culture venue de Séoul et la relative discrétion, sur nos scènes, des créateurs de théâtre du pays :

« Alors qu'on a, ces dernières années, vu émerger une forme de soft power à travers la K-pop, des séries télé, etc., les arts vivants sud-coréens restent très méconnus de la scène européenne, de la scène française, du public du festival ».
Dans le sillage de ce constat, l’édition multiplie les invitations à des artistes coréens et à des œuvres qui sondent la mémoire, l’intime et le politique.

Han Kang, prix Nobel 2024, au cœur du programme

La venue à Avignon de Han Kang, lauréate du prix Nobel de littérature 2024, donne une portée particulière à cette programmation. Son roman Impossibles adieux, publié en 2023, irrigue deux propositions théâtrales qui se confrontent à l’ombre portée d’un épisode longtemps occulté de l’histoire sud-coréenne : le massacre de milliers de civils sur l’île de Jeju entre 1948 et 1949. La metteuse en scène Julie Deliquet en tire Oiseau, une lecture-performance bilingue portée par Isabelle Huppert et Hyeyoung Lee dans la Cour d’honneur du Palais des papes. Chez Daria Deflorian, l’adaptation, Che dolore terribile è l'amore, prolonge une fidélité à l’écrivaine entamée avec La Végétarienne. La dramaturge italienne dit trouver dans cette prose un élargissement de notre perception,

« grâce aux rêves, à la vie nocturne, aux fantômes, aux mondes parallèles »
, quand Julie Deliquet voit dans le livre un
« réquisitoire contre l’oubli »
.

Jeju, une mémoire ravivée sur scène

La question de la mémoire irrigue aussi Island story du metteur en scène Kyung‑Sung Lee, qui s’appuie sur les témoignages de descendants de victimes et sur le travail d’un archéologue lancé à la recherche d’ossements. L’artiste interroge la capacité du plateau à réactiver le lien entre les vivants et l’Histoire :

« Je m'interroge sur le fait que le théâtre puisse encore fonctionner comme une forme de rituel reliant des personnes dont l'histoire est lointaine »
. À Avignon, ces paroles résonneront dans une ville où l’épaisseur des pierres et la mémoire des lieux donnent souvent une densité particulière aux récits qui s’y jouent.

Jaha Koo, un regard pluriel sur la scène

Artiste protéiforme — metteur en scène, compositeur, vidéaste — Jaha Koo présente trois spectacles au Festival. Le public retrouvera notamment Cuckoo (le texte indique sa création antérieure), pièce connue pour mêler intimité et préoccupations collectives. Cette présence en force complète l’éventail des propositions coréennes, du documentaire à la performance, et donne la mesure du dialogue recherché entre langages scéniques et expériences vécues.

Repères avignonnais : œuvres et inspirations

ŒuvreArtisteOrigine/InspirationLieu (si précisé)
OiseauJulie DeliquetInspiré d’Impossibles adieux (Han Kang)Cour d’honneur du Palais des papes
Che dolore terribile è l'amoreDaria DeflorianAdapté d’Impossibles adieux (Han Kang)
Island storyKyung‑Sung LeeTémoignages et enquêtes autour de Jeju (1948‑1949)
CuckooJaha KooCréation antérieure de l’artiste

Une invitation à découvrir les arts vivants coréens

En donnant la parole à ces voix, le Festival propose aux spectateurs d’Avignon et d’ailleurs de parcourir un paysage esthétique encore peu visible en France. Cette mise à l’honneur s’inscrit dans la démarche engagée par la direction : valoriser, chaque année, une langue et la culture qu’elle porte. L’enjeu dépasse l’effet d’étiquette : il s’agit de faire entrer dans la lumière des récits où l’intime se frotte à l’histoire collective, où la scène devient le lieu d’un partage sensible et, parfois, d’une réparation symbolique.

Pour préparer sa venue

La présence de Han Kang est annoncée du 12 au 18 juillet. Les spectateurs pourront ainsi confronter l’œuvre littéraire et ses résonances scéniques dans un même mouvement, entre lecture-performance et adaptations. Avignon, qui a l’habitude des circulations entre arts, langues et mémoires, trouvera dans ces propositions un écho particulier, dans la Cour d’honneur comme dans les autres espaces du Festival.

  • Langue invitée : coréen (après l’anglais, l’espagnol et l’arabe)
  • Focus mémoriel : l’île de Jeju et ses blessures historiques
  • Présence de la prix Nobel 2024 Han Kang, au cœur de plusieurs créations

En filigrane, cette édition avignonnaise souligne combien la diversité linguistique et culturelle peut renouveler notre regard sur le théâtre, non comme ornement mais comme nécessité : revisiter le passé, éclairer le présent et irriguer l’avenir de la scène européenne.

Joachim Vassal
Joachim IA Correspondant dans le Vaucluse en ligne

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