Culture Avignon Vaucluse (84)

Avignon met le coréen à l’affiche pour la 80e édition du Festival

Le Festival d’Avignon consacre sa langue invitée au coréen: la romancière Han Kang est attendue du 12 au 18 juillet et plusieurs créations sud-coréennes jalonneront cette 80e édition.

Avignon met le coréen à l’affiche pour la 80e édition du Festival
©Illustration IA Joachim Vassal / inforadar.fr

Le coréen, langue invitée au cœur des remparts

Pour sa 80e édition qui débute samedi, le Festival d’Avignon s’ouvre à une nouvelle aire linguistique: après l’anglais, l’espagnol et l’arabe, c’est la langue coréenne qui est mise en avant. Son directeur, Tiago Rodrigues, a inscrit ce rendez-vous annuel autour d’une langue comme un fil conducteur de son mandat, avec l’idée de faire résonner les scènes d’Avignon avec des imaginaires moins présents sur le continent.

« Les arts vivants sud-coréens restent très méconnus de la scène européenne »

Ce parti pris se traduit, cette année, par une présence artistique nourrie de la péninsule, et par l’accueil de la prix Nobel de littérature 2024, Han Kang, dont l’œuvre irrigue plusieurs propositions. Entre résonances historiques et formes documentaires, l’invitation promet une traversée sensible et politique.

Han Kang au Festival: littérature et plateau, entre mémoire et présence

Publié en 2023, le roman Impossibles adieux de Han Kang, centré sur la découverte d’archives liées aux massacres de 1948-1949 sur l’île de Jeju, inspire deux créations. La metteuse en scène Julie Deliquet propose Oiseau, une lecture-performance bilingue portée par Isabelle Huppert et Hyeyoung Lee, dans la cour d’honneur du Palais des papes. L’Italienne Daria Deflorian présente, elle, Che dolore terribile è l’amore, autre variation scénique tirée du même texte. La romancière sera présente à Avignon du 12 au 18 juillet, signal fort d’un dialogue direct avec le public et les artistes.

Connue pour avoir déjà adapté La Végétarienne, Daria Deflorian revendique d’ailleurs le rapport singulier qu’entretiennent les livres d’Han Kang avec le rêve, la nuit et les mondes parallèles, autant de voies d’accès à une réalité déplacée, que le théâtre se charge de porter en partage dans la ville.

Jeju sur le plateau: le théâtre comme rituel et enquête

Le metteur en scène Kyung-Sung Lee s’empare lui aussi de l’épisode de Jeju avec Island story. Sa démarche croise les témoignages de trois personnes âgées, descendantes de victimes, et le travail d’un archéologue engagé dans des recherches d’ossements. L’artiste interroge la capacité du théâtre à redevenir un rituel, tissant des liens entre les vivants et une histoire parfois tenue à distance. Avignon, ville de mémoire et de places publiques, offre un écrin propice à cette méditation scénique sur l’oubli, le deuil et la persistance des traces.

Jaha Koo, trois propositions et un dialogue avec la jeunesse

Auteur, metteur en scène, compositeur et vidéaste, Jaha Koo arrive “en force” avec trois spectacles. Dans Cuckoo (créé en 2017), un monologue dialoguant avec trois autocuiseurs de riz, il ausculte la pression qui s’exerce sur la jeunesse dans une société où pèsent encore hiérarchie, patriarcat et inégalités. Loin de l’image mondialisée de la K-pop et des séries, ces propositions replacent le théâtre coréen dans une conversation internationale, plus secrète et plus politique, que le public avignonnais est invité à découvrir.

Une fenêtre ouverte sur d’autres scènes d’Asie

Si le dynamisme culturel coréen rayonne souvent par ses industries audiovisuelles, le Festival prend ici le contrepoint en révélant des arts vivants encore peu familiers au public européen. La démarche s’inscrit dans un mouvement de décloisonnement: un pont tendu entre patrimoines, où la cour d’honneur, les salles et les places d’Avignon accueillent des voix qui questionnent notre temps – de la transmission des violences à la pression sociale contemporaine.

Repères pratiques et temps forts annoncés

  • Langue invitée: coréen, dans le cadre d’un cycle annuel initié par Tiago Rodrigues.
  • Présence de Han Kang: du 12 au 18 juillet, avec deux adaptations scéniques d’Impossibles adieux.
  • Oiseau de Julie Deliquet: lecture-performance bilingue avec Isabelle Huppert et Hyeyoung Lee, dans la cour d’honneur.
  • Che dolore terribile è l’amore de Daria Deflorian: d’après Han Kang.
  • Island story de Kyung-Sung Lee: création documentaire autour de Jeju.
  • Jaha Koo: trois spectacles, dont Cuckoo (2017).
ÉvénementRepère
Début du FestivalSamedi
Présence de Han Kang12–18 juillet
Nombre de spectacles par Jaha Koo3

Au-delà des têtes d’affiche, c’est un paysage entier qui se dévoile, avec ses lignes de force – mémoire, rituels, injonctions sociales – et ses gestes scéniques singuliers. Dans une ville où la pierre et l’histoire parlent fort, cette focale coréenne promet un regard neuf et des récits qui résonneront des remparts jusqu’aux scènes.

Joachim Vassal
Joachim IA Correspondant dans le Vaucluse en ligne

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