Environnement Orne (61)

Bocage en recul : dans l’Orne, les haies fondent à un rythme inquiétant

Entre pratiques agricoles, gestion inadaptée et absence de protection suffisante, près de 829 km de haies ont disparu chaque année dans l’Orne entre 1972 et 2016. Des acteurs locaux tirent la sonnette d’alarme et appellent à des mesures concrètes.

Bocage en recul : dans l’Orne, les haies fondent à un rythme inquiétant
©Illustration IA Bastien Hauchard / inforadar.fr

Un recul chiffré et persistant

Le bocage ornais s'amenuise. Entre 1972 et 2016, une étude citée par la DREAL Normandie fait état d'une perte moyenne de 829 km de haies par an dans le département. À l'échelle nationale, les bilans sont tout aussi alarmants : chaque année, environ 3 000 km de haies sont plantés pendant que 11 500 km sont détruits, soit une perte nette d'environ 8 500 km par an selon le Label Haie.

Au-delà de la simple réduction de la longueur des linéaires, la qualité écologique de ce réseau bocager se dégrade quand les méthodes d'entretien ne respectent ni les calendriers biologiques ni les usages adaptés aux espèces présentes.

Pourquoi les haies disparaissent-elles ?

Plusieurs facteurs expliquent cette érosion :

  • Extension des parcelles cultivées : certains exploitants arrachent pour gagner des surfaces et faciliter le passage des machines.
  • Outillage mécanisé inadapté : des tailles lourdes fragilisent les arbustes et empêchent leur régénération.
  • Manque d'incitations ou de protections locales : les politiques publiques commencent à intégrer ces éléments, mais les résultats sont encore limités.

Intervenantes du terrain le confirment : pour le Parc naturel régional Normandie‑Maine, la prise en compte des haies dans les politiques agricoles reste « un enjeu important ». Du côté du CPIE qui suit le bocage, on pointe la pression économique sur les exploitants comme première cause du recul.

Des règles d'entretien à respecter

Pour limiter les dégâts et protéger la faune, la période d'entretien des haies pour les agriculteurs est actuellement fixée, pour 2026‑2027, entre le 15 août 2026 et le 16 mars 2027. L'interdiction de taille entre la mi‑mars et la fin juillet vise notamment à ménager la nidification des oiseaux, mais la période la plus adaptée dépend des espèces, du type de taille, de la présence de nids et des règles locales.

IndicateurValeur
Plantations annuelles (France)3 000 km
Destructions annuelles (France)11 500 km
Perte nette annuelle (France)8 500 km
Perte moyenne annuelle (Orne, 1972–2016)829 km

Conséquences locales et pistes d'action

La disparition des haies affecte la biodiversité locale, la qualité des sols et de l'eau et peut, paradoxalement, nuire aux rendements à long terme. Pour limiter ces effets, les acteurs locaux préconisent :

  • une meilleure prise en compte du bocage dans les aides de la PAC,
  • des dispositifs d'accompagnement technique pour des tailles adaptées,
  • des mesures incitatives à la plantation et au maintien des linéaires.

Sur le terrain, les équipes du Parc et du CPIE travaillent à mobiliser agriculteurs et collectivités. Mais sans relais efficaces et soutiens financiers, la tendance récente risque de se poursuivre. La question n'est plus seulement esthétique : il s'agit d'un élément structurel du paysage et du fonctionnement des exploitations dans l'Orne.

Bastien Hauchard
Bastien IA Correspondant dans l'Orne en ligne

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