Un enjeu de santé publique qui s’installe à Bordeaux
Le moustique-tigre n’est plus un simple désagrément estival à Bordeaux. Dans un contexte de réchauffement et de circulation de virus comme le chikungunya ou la dengue, les autorités locales revoient leur copie. Entre le 1er mai et le 30 novembre 2025, 160 cas de chikungunya transmis par cet insecte ont été recensés en Nouvelle-Aquitaine, dont cinq à Bordeaux, contre zéro l’année précédente. Le constat sanitaire est partagé :
« Ce n’est plus un phénomène émergent, toute la Gironde est colonisée »
Ce vendredi 3 juillet, au Jardin botanique, le maire de Bordeaux et président de Bordeaux Métropole, Thomas Cazenave, a présenté un paquet de mesures pour freiner la prolifération du moustique-tigre et limiter les risques pour la population.
Qui fait quoi: ARS et Centre de démoustication en première ligne
Deux piliers structurent la stratégie locale. L’Agence régionale de santé assure la veille sanitaire, tandis que le Centre de démoustication de Bordeaux Métropole organise la prévention et la gestion de proximité : cartographie des gîtes, traitements dans l’espace public et interventions chez les particuliers, appui aux communes, aux bailleurs, aux entreprises et aux habitants.
Objectif annoncé : étendre et systématiser les actions dans l’espace public en coordination avec les communes. Aujourd’hui, le traitement des gîtes larvaires couvre environ 40 % de la superficie métropolitaine. La cible affichée est d’atteindre 100 % de l’espace et des bâtiments publics, grâce à une cartographie élargie des sites à risque.
| Couverture actuelle | Cible annoncée |
|---|---|
| ~40 % de la superficie métropolitaine | 100 % de l’espace et des bâtiments publics |
Un arsenal diversifié et une mobilisation élargie
Le plan présenté combine plusieurs leviers, en écho aux pratiques déployées ces dernières années :
- Kits gratuits destinés aux habitants, pour faciliter les bons gestes et l’élimination des gîtes domestiques.
- Traitement renforcé des gîtes larvaires, appuyé par une cartographie plus fine des zones à traiter.
- Introduction ciblée de poissons prédateurs dans des points d’eau appropriés.
- Mise en place ou encouragement de plantations répulsives dans les espaces adéquats.
- Adaptation des bâtiments publics pour réduire les sites de ponte potentiels.
La stratégie repose aussi sur l’extension du nombre d’acteurs impliqués. Au-delà des services métropolitains, les communes, les agents municipaux, les entreprises et les particuliers sont invités à participer. Cette dimension est jugée décisive par les collectivités.
Le maillon décisif: les espaces privés
Les collectivités rappellent que près de 80 % des gîtes larvaires se situent en espaces privés. Autrement dit, le succès de la lutte dépend pour beaucoup des habitudes quotidiennes : suppression des eaux stagnantes, entretien régulier des contenants et vigilance autour des points d’eau temporaires. La distribution de kits gratuits vise précisément à accompagner ces gestes, en complément des interventions publiques.
Pourquoi maintenant: signaux sanitaires et climat
Le saut enregistré en 2025 dans les cas autochtones de chikungunya en région, avec cinq cas identifiés à Bordeaux, a agi comme un révélateur. Le changement climatique allonge et intensifie les périodes propices au moustique-tigre, élargissant sa présence sur le territoire. La Métropole dit vouloir anticiper ce cycle estival, structurer l’action et éviter les à-coups, en s’appuyant sur la surveillance de l’ARS et sur l’opérationnel du Centre de démoustication.
Ce qui va changer pour les Bordelais
À court terme, les habitants devraient observer un renforcement des passages des équipes sur l’espace public, des campagnes d’information plus denses et la mise à disposition de kits. Les communes et gestionnaires d’équipements publics seront mobilisés autour d’objectifs partagés, avec une cartographie élargie pour mieux cibler les interventions.
Cette montée en puissance vise autant à réduire l’expositon aux piqûres qu’à endiguer les risques sanitaires associés. À l’échelle métropolitaine, le passage de 40 % de couverture des gîtes traités à un horizon de 100 % sur l’espace public constitue un changement d’échelle notable, qui devra s’appuyer, côté privé, sur l’adhésion des ménages et des acteurs économiques.