Une affaire varoise qui bascule au pénal
Le parquet de Toulon a annoncé la mise en examen, fin mai, de cinq membres d’une même famille dans le cadre de l’enquête portant sur la disparition de deux jeunes militaires survenues en 2022 et 2023 dans le Var. Selon le procureur de la République Raphaël Balland, trois d’entre eux sont visés pour meurtre. Les investigations ont pris une dimension de criminalité organisée, avec des gardes à vue de 96 heures le 26 mai 2026.
Deux trajectoires brisées, un même département
Le premier disparu est un marin de la Marine nationale, né en 1997 à Nouméa. Arrivé dans le Var pour une formation à Saint-Mandrier-sur-Mer, il n’a plus donné de nouvelles depuis mai 2022. Le second, né en 1988 à Papeete, appartenait à la Légion étrangère. Considéré comme déserteur depuis mai 2023, il venait pourtant de renouveler son engagement. Comme le souligne le parquet :
« malgré d’excellents états de service et alors qu’il venait de renouveler son contrat »
Dans les deux cas, la rupture de contact avec leurs familles est intervenue après leur arrivée dans le département.
Une famille au cœur des soupçons
Les enquêteurs ont convergé vers une famille d’origine polynésienne installée dans le Var — un couple, deux fils et deux filles — auprès de laquelle les deux militaires disparus avaient été hébergés. Les éléments recueillis ne se limitent pas à ces deux cas : sept autres jeunes militaires originaires d’Outre-mer, également accueillis entre 2011 et 2023, ont témoigné de pratiques récurrentes. Ils disent avoir été, au fil du temps, privés de leurs moyens de paiement et de leurs papiers, puis violentés et séquestrés.
Garde à vue prolongée et informations du parquet
Le 26 mai 2026, les six membres de cette famille ont été placés en garde à vue au titre des dispositions propres à la criminalité organisée. À ce stade, le parquet indique que l’hypothèse du meurtre des deux militaires est « confortée » par de nombreux éléments. Les investigations ont, notamment, conduit à la découverte d’ossements sur deux sites distincts des Bouches-du-Rhône. Les analyses se poursuivent sous l’autorité judiciaire compétente.
Chronologie synthétique
| Période | Événements clés |
|---|---|
| Mai 2022 | Dernier contact du marin né en 1997, arrivé pour une formation à Saint-Mandrier-sur-Mer |
| Mai 2023 | Le légionnaire né en 1988 est considéré comme déserteur ; sa famille reste sans nouvelles |
| 2011–2023 | Témoignages de sept autres jeunes militaires ultramarins, hébergés puis privés de moyens de paiement et de papiers, violentés et séquestrés |
| 26 mai 2026 | Garde à vue des six membres de la famille pendant 96 h dans le cadre de la criminalité organisée |
| Fin mai 2026 | Mises en examen, dont trois pour meurtre, annoncées par le parquet de Toulon |
Enjeux locaux et poursuite de l’enquête
Au-delà du choc suscité par ces disparitions, cette affaire questionne la vulnérabilité de jeunes militaires ultramarins en début de parcours, isolés loin de leur territoire d’origine. L’accueil d’hébergés, lorsqu’il se double d’emprise et de violences, devient un angle mort où la parole circule peu. Les témoignages collectés sur plus d’une décennie dessinent un schéma récurrent qui mobilise les services d’enquête du Var et au-delà.
La procédure suit son cours sous la direction du parquet de Toulon. Des vérifications scientifiques et des recoupements sont en cours. Les personnes mises en cause bénéficient de la présomption d’innocence. Les autorités n’ont, à ce stade, communiqué ni identité ni détails supplémentaires sur les sites concernés, afin de préserver l’efficacité des recherches et la sérénité des expertises.
Ce que l’on sait, ce qui reste à confirmer
- Mises en examen : cinq membres d’une même famille, dont trois pour meurtre, dans le prolongement de gardes à vue pour criminalité organisée.
- Victimes présumées : deux militaires disparus, l’un de la Marine nationale, l’autre de la Légion étrangère, sans nouvelles depuis 2022 et 2023.
- Témoignages : sept autres jeunes militaires ultramarins décrivent une emprise progressive, des violences et des séquestrations entre 2011 et 2023.
- Découvertes : des ossements ont été retrouvés sur deux sites distincts des Bouches-du-Rhône, des analyses sont attendues.
De nouvelles précisions sont attendues à l’issue des expertises et des auditions complémentaires. Le parquet communiquera au fil des avancées. Dans l’intervalle, la communauté militaire à Saint-Mandrier-sur-Mer et les proches des disparus suivent avec gravité l’évolution du dossier.