Un sommet emblématique au cœur d’un nouveau débat local
Le mont Faron concentre depuis des décennies les regards, les promenades et les controverses. À l’heure où la Ville de Toulon invite la population à exprimer son avis sur la vision à donner au massif dans les années à venir, un rappel s’impose : de nombreux projets ont, par le passé, tenté d’en remodeler le visage, sans jamais voir le jour. Cette mémoire des tentatives avortées éclaire aujourd’hui la discussion sur l’avenir de ce poumon vert calcaire qui domine la rade.
Dans les années 1980, la tentation de bâtir en altitude
Au début des années 1980, la municipalité, alors conduite par Maurice Arreckx, ambitionne de transformer une partie du sommet. L’idée défendue : déclasser 25 hectares en zone constructible sur un relief qui culmine à 584 mètres. Face à cette perspective, une mobilisation s’organise. En 1983, naît l’Association de défense et de protection du Faron (ADPF). Sa pétition réunit 12 000 signatures pour s’opposer à l’urbanisation partielle du massif. L’épisode scelle un rapport de force fondateur entre aspirations aménagistes et préservation du milieu naturel.
« On dérangeait mais on n’a rien lâché. Et on a gagné »
Le témoignage d’un ancien responsable associatif résume l’esprit de ces années de vigie citoyenne, quand des militants locaux s’érigent en rempart contre les appétits immobiliers.
Le « Faron, an 2000 » : loisirs de luxe et héliport
L’année suivante, en octobre 1984, une nouvelle vision s’affiche : la brochure « Le Faron, an 2000 », portée par Louis Bernardi, alors élu du Var. Au programme : un vaste complexe touristique visant une clientèle haut de gamme. Ce catalogue d’équipements prévus n’était pas avare en promesses, ni en impacts potentiels sur le site.
- Un hôtel et un restaurant de standing
- Un country club avec golf et courts de tennis
- Un stand de tir aux pigeons d’argile
- Un toboggan aquatique et une luge d’été
- Un héliport
Ce projet, comme d’autres propositions de l’époque, ne dépassera pas le stade de l’intention. Mais il a laissé des traces dans la mémoire locale et nourri le rôle de « gardien » confié de fait à l’ADPF, associée aux contre-projets et aux alertes publiques.
Pourquoi ce passé pèse sur la consultation actuelle
La consultation annoncée par la Ville survient dans un contexte où les Toulonnais connaissent la valeur paysagère, écologique et sociale du Faron. Les scénarios très productivistes des années 1980 – de l’immobilier en altitude aux loisirs motorisés – aident à mesurer ce que l’on souhaite, ou non, pour la montagne toulonnaise. Sans préjuger des orientations à venir, ces précédents posent des repères : équilibres à préserver, sobriété des aménagements, accès et usages à penser finement.
Cette histoire collective rappelle également le rôle des mobilisations citoyennes et la force des controverses publiques dans la fabrique de la ville. Elle invite, aujourd’hui, à une participation large et informée, au-delà des clivages, pour définir un cadre d’actions compatible avec la singularité du site.
Des faits qui balisent la réflexion
| Période / Événement | Éléments clés |
|---|---|
| Début des années 1980 | Volonté de déclasser 25 hectares sur un sommet à 584 m |
| 1983 | Création de l’ADPF ; 12 000 signatures contre l’urbanisation |
| Octobre 1984 | Brochure « Le Faron, an 2000 » ; projet de loisirs, hôtel, golf, héliport |
Ce que la population peut interroger
Sans ajouter de nouveaux éléments non communiqués par la collectivité, quelques axes de vigilance ressortent des expériences passées :
- Préserver le poumon vert et les milieux fragiles du sommet
- Encadrer les usages (loisirs, accès, fréquentation) pour éviter des pressions excessives
- Garantir une sobriété des aménagements au regard des équilibres paysagers
La consultation en cours s’inscrit ainsi dans une histoire longue, faite de projets ambitieux et de contre-projets citoyens. Connaître ces jalons, c’est mieux outiller le débat présent, afin que les choix à venir reflètent les attentes locales et le respect d’un site auquel de nombreux habitants sont attachés.