Une ressource sous pression dans un département 100 % nappes
Dans l’Eure, l’intégralité de l’eau potable provient des nappes souterraines. Cette particularité rend le territoire particulièrement sensible aux épisodes de sécheresse. Si la Normandie garde l’image d’une région arrosée, les signaux se sont durcis : l’Agence de l’eau Seine-Normandie a classé le bassin de l’Iton en tension en 2025, après une première alerte sur celui de l’Avre. À l’échelle locale, ces constats appellent des réponses rapides et coordonnées.
Une stratégie de sobriété à l’échelle de tout le territoire
Le Département de l’Eure met en place une stratégie de sobriété visant l’ensemble des usagers de l’eau. Objectif : mieux partager et économiser la ressource pour éviter des restrictions plus sévères en période critique et protéger les milieux. La démarche est transversale et s’adresse :
- aux communes, gestionnaires d’équipements publics et réseaux ;
- aux agriculteurs, acteurs clés de la gestion des sols et de l’irrigation ;
- aux industriels, consommateurs structurants ;
- aux habitants, dont les usages domestiques pèsent collectivement.
Depuis novembre 2025, un comité départemental de l’eau, copiloté avec le préfet, réunit tous les usagers afin d’aligner diagnostics, priorités et bonnes pratiques. Ce cadre doit permettre d’anticiper plutôt que subir, et de partager l’information au plus près du terrain.
Deux conventions pour des actions immédiates
Le vendredi 26 juin, les conseillers départementaux ont validé deux partenariats ciblés, destinés à agir sur des leviers identifiés : ralentir le ruissellement pour recharger les nappes, et mieux suivre l’épandage des boues issues des stations d’épuration.
| Partenaire | Montant | Objet |
|---|---|---|
| AREAS | 25 000 € | Former élus et agriculteurs aux aménagements favorisant l’infiltration et la recharge des nappes |
| MIRSPAA | 11 053 € | Suivi de l’épandage des boues de stations d’épuration sur les sols agricoles |
En soutenant la formation et le suivi, le Département cible des effets concrets : limiter les crues de ruissellement, améliorer l’infiltration dans les sols, réduire les pertes d’eau de surface et assurer des pratiques d’épandage plus encadrées.
Quels enjeux pour les usagers de l’Eure ?
Pour les collectivités, la sobriété passe par une gestion fine des espaces verts et des équipements aquatiques, et par l’entretien des réseaux pour limiter les fuites. Les exploitations agricoles sont invitées à recourir aux aménagements paysagers (haies, fossés, noues, bandes enherbées) et à la gestion des périodes d’irrigation pour favoriser la recharge des nappes. Les entreprises peuvent jouer sur le recyclage des eaux de process et la réduction des pointes de consommation. À l’échelle des foyers, chaque geste de sobriété contribue à l’effort collectif, notamment lors des périodes d’alerte.
Une gouvernance partagée pour anticiper
La création du comité départemental de l’eau et le soutien à des acteurs techniques traduisent une volonté d’anticipation. Le partage d’informations entre l’État, le Département et les usagers vise à adapter plus vite les usages en cas de tension durable et à éviter des conflits entre secteurs.
Prochaine étape : s’ancrer dans la durée
Au-delà de ces premières conventions, la trajectoire esquissée repose sur la montée en compétence des acteurs, l’essaimage des aménagements qui ralentissent le ruissellement et la consolidation des pratiques d’épandage. Le Département met en avant une ligne directrice : investir maintenant pour sécuriser l’approvisionnement et préserver les milieux aquatiques. Dans un territoire où la ressource dépend entièrement du souterrain, la sobriété n’est plus une option, mais un cadre d’action partagé.