Un dispositif renforcé pour un été sous tension
Alors que la saison sèche s'installe, les autorités départementales ont présenté un dispositif de lutte et de prévention contre les feux de forêt plus offensif. Dans les Alpes-de-Haute-Provence, où la couverture forestière atteint 60 % du territoire – soit environ 470 000 hectares –, la tendance des dernières années impose de passer un cap. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : 196 incendies ont été recensés en 2025, contre 120 en 2024, et dix feux ont déjà été signalés depuis le 1er janvier 2026.
« Notre département compte 470 000 hectares de forêt, soit un taux de boisement de 60 %. Cette richesse est vulnérable. »
Ce rappel a ouvert la présentation conduite par la préfecture, aux côtés du Service départemental d’incendie et de secours (Sdis 04). Le cadre est posé : un territoire fortement boisé, un climat plus chaud et plus sec d’année en année, et des comportements à risque qui pèsent encore trop dans les départs de feu.
Patrouilles anticipées et coordination terrain
Au regard du niveau de danger, des patrouilles ont été déclenchées dès le matin même de la présentation. En première ligne, les équipes de l’ONF sillonnent les secteurs sensibles. Elles basculent ensuite vers les unités du Sdis, dotées de véhicules à forte capacité d’eau et de longs tuyaux pour les attaques directes. Si nécessaire, des renforts aériens peuvent être sollicités. Au poste de commandement, un suivi précis des opérations se met en place : cartographie des foyers, pointage des personnes confinées et des éventuelles victimes, coordination des moyens engagés.
« Les premières patrouilles ont été mises en œuvre dès ce matin, compte tenu du niveau de danger et de l’analyse qui a été faite hier soir. »
Sur le terrain, une démonstration a été menée à Cruis, sur la montagne de Lure, où la végétation et le relief favorisent la propagation des flammes. Les intervenants y ont détaillé la mécanique opérationnelle : détection, engagement des binômes, appui logistique, puis extinction et surveillance des lisières pour éviter toute reprise.
Drones, caméras thermiques et IA : gagner 20 à 30 minutes
La grande évolution de la saison tient à l’usage coordonné de drones équipés de caméras thermiques et d’intelligence artificielle. Ces appareils traquent les points chauds résiduels, y compris lorsqu’ils sont enfouis 20 à 30 cm sous la surface et invisibles à l’œil nu. Ils fournissent en direct l’intensité et la température des foyers, et transmettent des coordonnées GPS très précises aux équipes au sol. En zones escarpées, ce guidage permet de gagner de 20 à 30 minutes pour atteindre un départ de feu difficilement accessible.
Les opérateurs peuvent paramétrer des recherches ciblées : suivi d’un véhicule par couleur, comptage automatique de piétons ou d’automobiles, repérage de lignes de progression des flammes. Autant d’outils qui affinent la vision d’ensemble et fluidifient les décisions au poste de commandement.
Des causes évitables, un appel à la vigilance
Si la technologie progresse, une large part du risque reste évitable. Les sapeurs-pompiers estiment qu’environ deux tiers des feux pourraient être empêchés, notamment ceux liés aux jets de mégots ou à des travaux menés sans précautions en plein épisode de vent ou de chaleur. Ce rappel vaut pour l’ensemble du département, des vallons du Verdon aux pentes de Lure. Chaque geste compte, surtout lorsque l’herbe est rase et le sous-bois asséché.
« Deux feux sur trois pourraient être évités », entre « jets de mégots et travaux réalisés dans de mauvaises conditions ».
Les chiffres-clés de la montée du risque
| Année/période | Incendies recensés |
|---|---|
| 2024 | 120 |
| 2025 | 196 |
| Depuis 01/01/2026 | 10 |
Au-delà des interventions, ces données donnent la mesure d’un territoire sous pression. L’augmentation d’une année sur l’autre, conjuguée à un assèchement progressif, oblige les services à anticiper davantage, à mailler le terrain et à raccourcir les délais d’engagement.
Ce qu’il faut retenir pour cet été
- Patrouilles ONF en amont et relais par les pompiers pour l’attaque des foyers.
- Appui de drones à caméras thermiques et IA pour la détection, la cartographie et le guidage des équipes.
- Suivi renforcé au poste de commandement (victimes, personnes confinées, moyens engagés).
- Des gestes simples peuvent éviter une grande partie des départs de feu, en particulier lors des travaux extérieurs et sur la route.
La séquence présentée à Cruis illustre un engagement total, des patrouilles à la surveillance post-intervention. Reste à chacun d’adopter une vigilance constante pour préserver forêts, hameaux et paysages du département. Quand la technologie fait gagner de précieuses minutes, le civisme, lui, peut éviter l’étincelle de trop.