Un atelier immaculé, des mains marquées par la pierre
Dans une salle d'exposition entièrement blanche, les pièces d'Abdelmalik Boufarit semblent presque flotter. Une quarantaine d'œuvres occupent l'espace : des pièces qui tiennent dans la main aux plus imposantes dépassant les 10 kilos. À Foix, l'artisan partage sa vie entre son poste au centre hospitalier intercommunal des vallées de l'Ariège (Chiva) et son atelier, où il retrouve la matière qui l'habite depuis plus de trente ans.
Son parcours commence en 1991, année de son arrivée dans le département et d'une première expérience fondatrice à l'usine de talc de Luzenac. Ce contact professionnel avec la pierre lui révèle une possibilité : transformer le dessin et la peinture de ses débuts en volumes. Autodidacte, il apprend la pierre par essais et erreurs, lisant tout ce qu'il peut et observant les gestes des ouvriers qui, à la pause, façonnaient colombes et petits vases.
Une pratique quotidienne, entre hôpital et sculpture
Après sa journée à l'hôpital, il ne rejoint pas seulement son domicile : il retourne à l'atelier pour poursuivre un travail qui peut durer des heures. L'attachement à la matière se lit dans les détails : poussière blanche sur les vêtements, mains marquées, et ce rapport au temps quotidien qui fait basculer la routine en quête créative. Son exposition, ouverte parfois sur rendez-vous, témoigne d'une pratique faite d'exigence et de patience. Comme il le dit lui-même :
"Quand je travaille, je peux y rester des heures. Des fois, mon épouse m’appelle pour manger ; je réponds : 'J’arrive', mais il se passe encore dix ou quinze minutes avant que je ne quitte la sculpture."
Cette phrase résume le rapport intime à la matière : une concentration presque méditative, un aller-retour constant entre gestes précis et observation de la pierre pour éviter la casse — la première difficulté rencontrée quand on travaille le talc.
Une matière locale, un geste patient
Le talc, ici, n'est pas qu'un matériau : il porte l'histoire industrielle du pays et des savoir-faire nés au contact des carrières de Luzenac. Le choix de cette pierre est à la fois esthétique et historique ; elle impose une connaissance fine de sa fragilité et de ses possibilités. L'artiste a appris à la connaître au fil des années, développant des techniques adaptées à ses reliefs et densités.
- Années 1990 : arrivée en Ariège et première familiarisation avec le talc.
- Pratique quotidienne : alternance entre poste hospitalier et atelier.
- Exposition : une quarantaine d'œuvres présentées dans un espace d'exposition à Foix.
| Élément | Détail |
|---|---|
| Arrivée en Ariège | 1991 |
| Nombre d'œuvres exposées | ~40 |
| Poids des pièces | jusqu'à >10 kg |
Sur le plan local, la présence d'un atelier ouvert à Foix est une plus-value culturelle : elle permet aux habitants de rencontrer un artisan qui fait vivre un savoir-faire lié au territoire, et rappelle la porosité entre industrie et création. Pour les publics, visiteurs ou curieux, la possibilité d'entrer en contact direct avec l'auteur des pièces est une occasion rare de saisir le lien entre gestes de fabrication et expression artistique.
Au-delà de l'adresse physique, ce portrait éclaire un rapport professionnel et affectif à la montagne et à ses ressources : le talc, extrait dans les environs, devient matière première d'une expression personnelle. À Foix, ces œuvres blanches sont autant de traces d'une histoire commune, façonnées par un homme qui partage son temps entre le soin et la sculpture.