Un réseau de chaleur hors norme sur deux communes du 93
Le paysage urbain de Clichy‑sous‑Bois et de Livry‑Gargan va connaître, dans les prochaines années, des transformations visibles : pelleteuses, tranchées et, surtout, un forage profond pour capter la chaleur du sous‑sol. Le projet, porté par les deux maires et soutenu par l'Ademe, prévoit de délivrer une chaleur « industrielle » mais collective à 11 000 foyers, avec des premières mises en service attendues en 2031.
Déjà engagé depuis 2025, le chantier atteindra un nouveau palier début 2027 avec le démarrage du forage principal à 1 600 m de profondeur afin d'exploiter la nappe du Dogger, où la température peut atteindre 80°C. La direction régionale Île‑de‑France de l'Ademe, représentée par Amélie Renaud, rappelle la technicité de l'opération, comparable à un forage pétrolier.
« C’est l’équivalent d’un forage pétrolier, on installe un derrick qui monte à 20 m de haut. » — Amélie Renaud, Ademe
Le montage prévoit, outre le puits, le creusement d'un réseau de distribution qui s'étendra sur près de 30 km (le chiffre parfois avancé est de 29 km de tranchées). L'emprise au sol nécessaire pour le forage est estimée à la surface d'un terrain de football ; un deuxième puits sera ensuite foré pour assurer le prélèvement et la réinjection de l'eau chauffée.
- Objectif : produire une chaleur stable et moins carbonée pour un réseau urbain.
- Durée du chantier : phase principale d'environ six ans, avec mises en service à partir de 2031.
- Coût : 90 millions d'euros, dont 30,2 M€ d'aide de l'État via l'Ademe.
Pour les élus locaux, l'argument économique est mis en avant : selon Pierre‑Yves Martin, maire (Horizons) de Livry‑Gargan, les habitants pourraient voir une économie d'environ 60 € par an sur leur facture d'énergie. Au‑delà du bénéfice individuel, c'est la résilience énergétique d'une partie du nord de la Seine‑Saint‑Denis qui est visée, en substituant une source locale à des énergies fossiles ou importées.
| Paramètre | Valeur |
|---|---|
| Profondeur du forage | 1 600 m |
| Longueur des réseaux | ~29–30 km |
| Bénéficiaires | 11 000 foyers |
| Coût total | 90 M€ (aide État : 30,2 M€) |
Ce chantier suscite des interrogations pratiques : nuisances temporaires liées aux travaux, emprises sur l'espace public et coordination des travaux entre les deux communes. Les riverains verront s'alterner phases de terrassement, installation des derricks et tranchées pour poser les canalisations.
Si la géothermie profonde représente un pari industriel et financier, son inscription dans le tissu urbain du 93 sera observée de près : réussite technique, acceptabilité locale et retombées économiques détermineront si cette opération peut servir de modèle pour d'autres territoires franciliens confrontés aux mêmes enjeux énergétiques.