Un mouvement reconduit qui pèse sur les sorties d’hôpital
Dans la Somme, le bras de fer engagé par les ambulanciers privés s’est durci depuis mercredi 1er juillet. À l’appel des quatre fédérations nationales, les entreprises du transport sanitaire ont suspendu les sorties d’hospitalisation et les retours d’urgence à domicile. Les trajets vers des soins lourds demeurent toutefois assurés en journée. Ce mouvement s’inscrit dans la suite d’une mobilisation nationale à Paris le 26 juin, avec une revendication centrale : une revalorisation tarifaire gelée depuis 2018, ainsi qu’une amélioration des salaires.
Amiens en tension : 180 patients bloqués en service
Au cœur d’un territoire de plaine et de briques, c’est à Amiens que les effets se mesurent le plus nettement. Dans l’entreprise Homa santé, qui emploie 200 salariés, les équipages ne transportent plus que les patients considérés comme prioritaires. Conséquence : 180 personnes n’ont pas pu quitter leur service hospitalier depuis mercredi, rallongeant des séjours déjà éprouvants. Les retards s’accumulent et désorganisent les plannings de sortie, avec un effet domino sur les lits disponibles.
Des revendications ancrées dans les coûts et l’inflation
Les professionnels du secteur pointent une équation économique devenue intenable. Dans une prise de parole qui résume le climat, Bruno Villalpando, président du syndicat départemental des ambulanciers de la Somme, insiste sur l’ampleur de la mobilisation :
« Le mouvement de grève est suivi à quasiment 100 % sur l’ensemble du territoire samarien. »
Il rappelle la hausse des charges, du carburant au matériel, sur fond d’inflation. Les entreprises disent avoir reçu une aide ponctuelle jugée dérisoire :
« Les ambulanciers ont pris leur responsabilité pendant le Covid […] et nous n’avons reçu qu’une aide unique de 70 euros par véhicule. C’est se moquer du monde ! »
Pour illustrer la tension financière, un exemple revient : un aller-retour d’environ une heure entre le CHU d’Amiens et un domicile, pour un forfait de 5 km, est facturé 63 € à l’entreprise, carburant et rémunération du personnel à déduire. Et d’interroger :
« De nos jours, qui travaille à ce prix-là ? »
Ce qui est maintenu, ce qui est suspendu
Les entreprises de la Somme indiquent préserver l’accès aux parcours de soins vitaux en journée, tout en cessant certains transports jusqu’à nouvel ordre. Pour s’y retrouver :
| Service | Statut annoncé |
|---|---|
| Accès aux soins urgents | Maintenu |
| Dialyse | Maintenue (journée) |
| Chimiothérapie / Radiothérapie | Maintenues (journée) |
| Sorties d’hospitalisation | Suspendues |
| Retours d’urgence à domicile | Suspendus |
Des effets en chaîne dans les établissements
Dans les services hospitaliers, l’arrêt des sorties complique la gestion des lits et des prises en charge programmées. Les familles sont invitées à s’organiser au cas par cas avec les établissements pour envisager une solution transitoire lorsque c’est possible. Dans les communes rurales, où les alternatives de transport médicalisé sont plus rares, l’onde de choc se fait sentir dès les premières heures de la journée, au moment d’acheminer les patients vers leurs séances indispensables.
Conseils pratiques pour les patients et les proches
- Avant une sortie prévue, contacter le service hospitalier afin de vérifier le maintien ou le report du transport.
- Pour les soins essentiels (dialyse, chimiothérapie, radiothérapie), confirmer l’horaire avec le centre et l’entreprise habituelle de transport.
- En cas d’urgence vitale, composer les numéros d’urgence : la prise en charge urgente est annoncée comme assurée.
Les entreprises du secteur affirment vouloir alerter sur la pérennité économique de leur activité dans le département, tout en revendiquant des tarifs adaptés aux coûts actuels. Côté patients, la priorité reste l’accès aux soins essentiels et la visibilité sur les reports. Entre vallées et villages, la grève rappelle combien ce maillon discret du parcours de santé demeure indispensable.