Un feu vert consultatif pour une usine de saumons à l'entrée de l'estuaire
Le projet industriel porté par la société Pure Salmon au Verdon-sur-Mer vient d'obtenir, jeudi, un avis favorable du conseil départemental de l'environnement et des risques sanitaires et technologiques (Coderst). Cet avis, consultatif, concerne la demande d'autorisation environnementale nécessaire à l'implantation de l'installation. La préfète de la Gironde doit maintenant rendre sa décision par arrêté dans les prochaines semaines.
Le dossier, chiffré à 280 millions d'euros, prévoit l'édification d'une unité sur 14 hectares destinée à produire 10 000 tonnes de saumon par an en circuit fermé et à créer environ 400 emplois. La société, soutenue financièrement par un fonds singapourien, met en avant un argument de souveraineté alimentaire au moment où la quasi-totalité du saumon consommé en France est importée.
« un enjeu de souveraineté alimentaire »
Un vote divisé et des oppositions fortes
Sur les 22 membres du Coderst, le résultat s'est traduit par 14 voix pour et 8 voix contre. L'avis favorable n'efface pas les réserves : un collectif d'ONG, rassemblées dans un "Appel pour l'océan", a qualifié le projet de "complètement démesuré", estimant qu'il pourrait menacer l'écosystème du plus grand estuaire d'Europe, en particulier par des rejets susceptibles d'affecter la pêche et la conchyliculture locales.
Ce dossier a également pris place dans le débat politique : une proposition de loi, déposée en mars 2025 par une centaine de députés, vise un moratoire de dix ans sur ce type d'installations et n'a pas encore été examinée à l'Assemblée nationale. Au sein du gouvernement, des divergences se sont fait entendre : la ministre de la Transition écologique s'est dite, lors d'une audition, "à titre personnel, pas favorable" au projet.
« à titre personnel, pas favorable »
Arguments de la société et inquiétudes locales
Pure Salmon défend sa technologie en affirmant qu'elle est "éprouvée" et que l'impact sur la biodiversité serait maîtrisé, insistant sur le bien-être animal et la traçabilité des approvisionnements. En face, acteurs économiques locaux, associations environnementales et professionnels de la mer s'inquiètent du principe même d'une ferme intensive à l'interface d'un milieu estuarien sensible.
- Investissement : 280 millions d'euros
- Surface : 14 hectares
- Production : 10 000 tonnes/an
- Emplois annoncés : 400
| Élément | Chiffre |
|---|---|
| Coût | 280 M€ |
| Surface | 14 ha |
| Production | 10 000 t/an |
| Emplois | 400 |
Pour la Gironde, l'enjeu est double : accueillir un projet industriel susceptible de stimuler l'emploi et l'économie locale, tout en préservant un estuaire dont dépend une filière halieutique et conchylicole déjà confrontée à de fortes contraintes environnementales. Le calendrier administratif est désormais fixé : après l'avis du Coderst, la préfecture doit décider de l'autorisation environnementale. Cette décision sera attendue de près par les élus locaux, les professionnels et les associations.
À court terme, la procédure peut encore connaître des recours ou des demandes de mesures complémentaires. À moyen terme, l'issue de ce dossier pourra influencer le débat national sur la régulation des grandes unités d'élevage marin en circuit fermé.
Pierrick Vauthier, correspondant InfoRadar en Gironde