Un drone au service de la chaîne d’urgence
Le centre de régulation du SAMU 76 a intégré, depuis le vendredi 31 juillet, un drone médical conçu pour acheminer des défibrillateurs automatiques externes (DAE) vers des victimes d’arrêt cardiaque dans la métropole rouennaise. L’appareil, qui pèse 20 kg et vole à une vitesse d’environ 65 km/h, complète désormais la réponse terrestre en cas d’alerte.
Le dispositif permet de déclencher en parallèle l’intervention classique et l’envoi du drone dès la réception d’un appel au 15 lorsque l’opérateur suspecte un arrêt cardiaque. En se maintenant à près de 80 mètres d’altitude, l’appareil se rend sur le lieu signalé et largue le défibrillateur au-dessus de la victime : un témoin présent sur place est alors guidé par téléphone par le centre de régulation pour pratiquer un massage cardiaque et utiliser l’appareil.
« Tout le dispositif a été pensé pour intervenir sur l’ensemble de la métropole rouennaise en moins de dix minutes, entre l’appel et la pose du défibrillateur », indique Gautier Dhaussy, cofondateur de l’entreprise Delivrone, qui fournit l’équipement.
Les secours insistent : le drone n’a pas vocation à remplacer les équipes médicales au sol mais à réduire le délai avant défibrillation, facteur déterminant dans les chances de survie. Le docteur Cédric Damm, directeur médical du SAMU-SMUR de Rouen, rappelle que gagner deux à trois minutes pour réaliser une défibrillation peut augmenter la probabilité de survie de 20 à 50 %.
La décision d’envoyer le drone reste exclusivement médicale et est prise au moment de l’appel :
« On déclenche le drone quand on a l’intuition d’un arrêt cardiaque »,explique Sandra Virmontois, auxiliaire de régulation médicale au SAMU 76. Le nouvel outil intervient donc uniquement quand les conditions météorologiques et de sécurité le permettent.
- Mise en service : 31 juillet (autour de Rouen)
- Poids du drone : 20 kg
- Vitesse : ~65 km/h
- Altitude de vol : 80 m
- Objectif : intervention en moins de 10 minutes
- Coût de l’équipement : 300 000 €
- Fabrication : Suède (fournisseur : Delivrone)
Sur le plan logistique et réglementaire, l’intégration d’un drone dans la chaîne d’urgence implique une coordination étroite entre le centre de régulation, les opérateurs du drone et les autorités aériennes locales. Le SAMU devra également veiller à l’acceptation par la population et à la formation des régulateurs pour identifier rapidement les situations pertinentes et décider de l’envoi.
Pour les proches et les témoins d’un arrêt cardiaque, ce système change les priorités pratiques : en attendant l’arrivée des secours, il faudra être prêt à suivre les instructions téléphoniques du régulateur et, le cas échéant, réceptionner et utiliser le DAE largué par le drone. Les équipes insistent sur l’importance de la permanence du massage cardiaque en attendant la défibrillation.
Cette expérimentation marque une première en France pour un département, et pourrait servir de modèle si les premiers retours opérationnels confirment un gain net de survie et une intégration sécurisée au dispositif d’urgences. Les autorités locales et le SAMU 76 suivront de près les indicateurs d’efficacité, de sécurité et de coût de cette solution.