Un arrêt très attendu au palais de justice de Montpellier
La cour d’appel de Montpellier doit rendre, ce jeudi 2 juillet, son arrêt dans le dossier visant l’influenceur algérien Boualem Naman, connu sous le pseudonyme « Doualemn ». Il est poursuivi pour « provocation non suivie d’effet à commettre un crime ou un délit », à la suite d’une vidéo diffusée sur TikTok au début janvier 2025. En première instance, le tribunal correctionnel de Montpellier l’avait condamné, en mars 2025, à cinq mois de prison avec sursis. L’intéressé a fait appel.
Ce que l’on sait de la procédure
À l’audience d’appel, qui s’est tenue le lundi 11 mai 2026, la défense avait à nouveau plaidé la relaxe. Le ministère public, en première instance, avait requis une peine plus lourde que celle finalement prononcée. Le président de la cour, Charles Pinarel, a interrogé à haute voix le contexte de cette affaire, notant les signalements administratifs ayant précédé la procédure pénale.
« Avec tout ce qui circule sur les réseaux sociaux, c'est quand même curieux de voir un maire vous signaler, un préfet faire de même... puis on vous expulse. Et, finalement, vous vous retrouvez devant nous. C'est une drôle d'histoire. »
Selon les éléments rappelés à l’audience, la vidéo à l’origine des poursuites appelait à infliger une « correction sévère » à un opposant au régime algérien. D’abord interprétés comme un appel au meurtre par les autorités, les propos ont ensuite été requalifiés par la justice, qui y a vu une incitation à « attraper » l’homme et à lui administrer une « correction ». Dans le même temps, l’influenceur, alors visé par une OQTF, avait obtenu son annulation par le tribunal administratif de Melun au début février 2025.
Ce que la décision peut changer
L’arrêt attendu peut confirmer la condamnation prononcée en 2025, l’infirmer et prononcer la relaxe, ou encore la réformer (en ajustant la peine ou la qualification). Au-delà du sort de Boualem Naman, l’enjeu local touche à la façon dont la justice montpelliéraine appréhende des contenus numériques qui débordent l’espace local mais aboutissent devant ses juridictions.
- Le dossier croise réseaux sociaux et responsabilité pénale à l’ère des contenus viraux.
- Il éclaire la ligne de crête entre liberté d’expression et incitation à commettre des infractions.
- Il met en perspective la coordination entre pouvoirs administratifs (signalements, éloignement) et pouvoir judiciaire.
Repères chronologiques
| Date | Événement |
|---|---|
| Début janv. 2025 | Publication de la vidéo sur TikTok visant un opposant algérien. |
| Début fév. 2025 | Annulation d’une OQTF par le tribunal administratif de Melun. |
| Mars 2025 | Condamnation par le tribunal correctionnel de Montpellier : 5 mois avec sursis. |
| 11 mai 2026 | Audience devant la cour d’appel de Montpellier. |
| 2 juillet 2026 | Arrêt attendu de la cour d’appel. |
Un dossier scruté à Montpellier
Au palais de justice, l’affaire a suscité l’attention par la concomitance de procédures administratives et pénales et par la nature transfrontalière des contenus en cause. L’influenceur a, pour sa part, évoqué des tensions entre la France et l’Algérie pour expliquer sa situation à l’audience de mai. La cour est désormais appelée à se prononcer sur la pertinence de la condamnation initiale au regard des propos incriminés, désormais requalifiés par la justice.
Quelle que soit l’issue, la décision fixera un jalon supplémentaire dans le traitement, à Montpellier, des vidéos et messages en ligne susceptibles de constituer une provocation à commettre un crime ou un délit. Un signal observé de près par les professionnels du droit et par les plateformes, dans une ville où l’activité numérique, comme la vigilance institutionnelle, ne cesse de croître.