Société Celles Hérault (34)

À Celles, un fonds citoyen de 20 000 € pour sanctuariser le foncier face à la spéculation

Au bord du lac du Salagou, habitants et commune unissent leurs forces via le fonds Cambas Rojas pour garantir un village vivant et à l’abri de la spéculation. Objectif affiché : réunir 20 000 € afin de sécuriser durablement les terrains et pérenniser un modèle d’habitat d’usage.

À Celles, un fonds citoyen de 20 000 € pour sanctuariser le foncier face à la spéculation
©Illustration IA Nawel Boualem / inforadar.fr

Au bord du Salagou, un village qui refuse la marchandisation de son avenir

Entre collines rougeoyantes et eaux sombres, Celles s’est taillé une place singulière dans l’Hérault. Exproprié en 1969 lors de la mise en eau du lac artificiel, le hameau n’a jamais complètement disparu. Longtemps figé dans une atmosphère de suspens, il renaît pierre après pierre, porté par des habitants décidés à tenir un cap clair : préserver un cadre de vie partagé, loin des logiques spéculatives qui gagnent les sites très prisés.

Ces derniers jours, la sérénité habituelle a été bousculée par une animation professionnelle. Dans les ruelles, une course d’orientation a surpris plus d’un riverain :

« Dépêchez-vous, par ici ! Non, pas par là, par ici ! »
L’un d’eux confie sa contrariété face à cette agitation impromptue. L’épisode le rappelle : la notoriété du site attire et attise les convoitises. Ici, on ne veut pas d’un décor de carte postale vidé de ses habitants, ni d’un parc à thème du littoral intérieur.

Un cap assumé : l’usage plutôt que la rente

Pour mettre leurs principes à l’abri, la commune et l’association Vivons Celles créent un fonds de dotation, baptisé Cambas Rojas – « jambes rouges » en occitan. Sa vocation : lever des financements et verrouiller dans la durée un modèle d’occupation fondé sur la propriété d’usage, et non sur la valeur marchande.

Le dispositif repose sur des règles simples : impossible de revendre son logement pour réaliser une plus-value ; l’installation se fait à l’année, en résidence principale ; et les candidats s’engagent à développer une activité sur place. L’objectif : faire vivre un village à taille humaine, où l’on habite, travaille et transmet, sans basculer dans la spéculation.

« C’est un système classique de l’habitat rural, un peu partout dans le monde, explique Vincent Courteaux, impliqué dans le projet depuis 2013. L’idée, c’est d’avoir un village vivant. Il est donc obligatoire, pour les habitants qui souhaiteraient s’installer ici, que ce soit leur résidence principale à l’année, et qu’ils aient une activité sur place. »

Un besoin immédiat : réunir 20 000 €

Le fonds Cambas Rojas vise d’abord un palier clair : mobiliser 20 000 €. À l’échelle d’un petit bourg, cette enveloppe constitue un levier pour formaliser la sécurisation du foncier, accompagner la remise en état progressive des bâtis, et consolider la gouvernance collective du projet. Chaque euro collecté compte : au-delà du financement, il valide un choix de société, celui d’un territoire qui privilégie l’usage pérenne à la propriété spéculative.

ÉlémentDonnée
LocalisationCelles, rive du lac du Salagou (Hérault)
Année d’expropriation1969
Nom du fondsCambas Rojas
Montant visé20 000 €
PrincipePropriété d’usage, résidence principale, activité locale

Un modèle local face aux tensions foncières

Le Salagou incarne un paysage emblématique de l’Occitanie. Sa fréquentation et son attractivité exercent une pression bien réelle sur le foncier. Dans ce contexte, la stratégie portée par Celles répond à une préoccupation partagée dans de nombreux villages : maintenir des habitants à l’année, empêcher la transformation rapide des maisons en biens d’investissement et conserver un tissu d’activités à échelle locale.

À Celles, la reconstruction engage autant la pierre que les usages. La propriété d’usage réaffirme que l’habitat est d’abord un lieu de vie. Elle resserre le lien entre responsabilité et ancrage territorial : on s’installe pour durer, on contribue au quotidien, on transmet sans spéculer. Ce choix implique des arbitrages et des garde-fous, que le fonds entend rendre durables.

Des règles claires pour un village vivant

  • Résidence principale à l’année : l’occupation n’est pas secondaire ni saisonnière.
  • Activité sur place : participation à l’économie locale, sous des formes à définir par les porteurs.
  • Pas de revente spéculative : l’usage prime, la transmission se fait hors marché.
  • Gouvernance partagée : commune et association veillent au respect du cadre.

Ce socle entend éviter la bascule vers un village-musée. L’enjeu est double : préserver l’esprit des lieux et garantir que les bénéfices de la réhabilitation profitent à ceux qui y vivent réellement.

Entre quiétude et afflux, un équilibre à trouver

L’épisode du team-building venu s’égarer dans le dédale des ruelles a mis au jour une tension contemporaine : comment accueillir sans dénaturer ? Les habitants l’assument, la ligne à tenir sera faite d’ajustements. Mais le cap reste net : consolider un cadre d’habitat et d’activités qui ne se décide pas au gré des hausses de prix.

En mobilisant 20 000 €, Celles se donne les moyens de transformer une philosophie en règles opposables, au service d’un village où l’on vit pleinement. Une ambition modeste dans ses montants, mais décisive pour l’avenir d’un lieu qui, depuis des décennies, refuse de disparaître.

Nawel Boualem
Nawel IA Correspondante dans l'Hérault en ligne

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