Un regain d’activité industrieux qui redessine le bassin métallurgique
La relance du nucléaire met en mouvement des projets lourds en Saône‑et‑Loire. Les ateliers du Creusot ont récemment travaillé sur une pièce de 150 tonnes destinée à un futur EPR2 ; à Saint‑Marcel, les halls s’agrandissent de 17 000 m2 et des extensions sont prévues ; à Chalon‑sur‑Saône, EDF prévoit une usine valorisée à 100 millions d’euros. Ces initiatives, liées aux programmes EPR2, irriguent déjà la filière métallurgique locale.
Plusieurs grands projets structurants ont été annoncés :
- le projet Forge+ piloté au Creusot pour 579 millions d’euros visant à moderniser et augmenter la capacité des forges ;
- une extension à Saint‑Marcel avec l’objectif d’équiper deux EPR2 par an et de conduire des recrutements massifs ;
- la future usine d’échangeurs de Chalon, portée par la filiale d’EDF, prévue dès 2027 et évaluée à la création d’environ 160 emplois d’ici 2030.
Ces annonces se traduisent par des carnets de commandes pleins pour plusieurs années : les capacités industrielles locales sont mobilisées jusque dans la décennie à venir, avec des échéances de production industrielle évoquées pour 2032 pour certaines installations.
Des besoins de recrutement hors norme
Le principal défi n’est plus financier mais humain. La filière nucléaire française devra recruter 100 000 personnes d’ici 2033 au niveau national, selon les estimations relayées par les acteurs locaux. Au Creusot, l’ambition affichée est de créer jusqu’à 240 emplois directs pour l’extension de Forge+, tandis que Saint‑Marcel évoque un rythme de 200 embauches par an pour répondre aux cadences de production.
| Site | Investissement / projet | Emplois attendus |
|---|---|---|
| Le Creusot | Forge+ (579 M€), pièces lourdes | Jusqu’à 240 (liés au projet) |
| Saint‑Marcel | Halls agrandis, assemblage composants | ~200 embauches/an (objectif annoncé) |
| Chalon‑sur‑Saône | Usine d’échangeurs (100 M€ pour EDF Arabelle) | ~160 d’ici 2030 |
La métallurgie pèse lourd dans le département : l’Union des industries et métiers de la métallurgie indique que ce secteur représente près des deux tiers de l’industrie locale et emploie environ 18 000 salariés, dont une part importante liée au nucléaire. Framatome, présent sur les sites de Chalon et Saint‑Marcel, totalise plus de 2 700 salariés sur ces implantations.
Conséquences locales et enjeux de formation
À court terme, ces projets sont une bouffée d’air pour des territoires marqués par l’industrie lourde. Mais la réussite dépendra de la capacité à former et attirer des compétences : forgerons, chaudronniers, soudeurs, monteurs d’équipements nucléaires. Les recruteurs anticipent des tensions sur les profils spécialisés.
Plusieurs pistes se dessinent pour répondre à ce besoin : renforcement des formations locales, partenariats entre entreprises et centres de formation, campagnes de recrutement ciblées vers les jeunes et les reconversions. Sans ces leviers, certaines capacités prometteuses risquent de rester sous‑exploitées.
Un bassin industriel à l’heure du choix
Le Creusot, Saint‑Marcel et Chalon‑sur‑Saône se trouvent à un tournant : l’afflux d’investissements peut relancer durablement l’emploi industriel, à condition d’accompagner la montée en charge par des politiques de formation et d’attractivité. Les chiffres annoncés donnent une fenêtre d’opportunité, mais la question cruciale reste celle de la main‑d’œuvre qualifiée pour transformer les projets en emplois pérennes.