La Métropole saisit la justice
Fin juillet, la Métropole Rouen Normandie a déposé une plainte contre BASF Agri Production, exploitant un site classé Seveso à Saint-Aubin-lès-Elbeuf, en raison de rejets jugés «
massifs» de TFA (acide trifluoroacétique), une substance de la famille des PFAS réputée persistante dans l'environnement. Le courrier transmis au procureur de la République de Rouen a été rendu public le 7 août.
Des mesures très au‑dessus des références
Les campagnes nationales de 2024 ont révélé des concentrations alarmantes sur le site industriel. Les relevés indiquaient 420 000 µg/L à l'entrée de la station d'épuration industrielle et 28 000 µg/L à la sortie. Ces quantités correspondent, selon les analyses, à des flux de 176 kg et 87 kg de TFA, respectivement.
| Point de mesure | Concentration (µg/L) | Flux estimé |
|---|---|---|
| Entrée station | 420 000 | 176 kg |
| Sortie station | 28 000 | 87 kg |
| Référence RIVM (milieu naturel) | 2,2 | — |
Un écart considérable avec les recommandations
Pour mettre ces chiffres en perspective, l'Institut national de la santé publique et de l’environnement des Pays-Bas (RIVM) propose une valeur-guide de 2,2 µg/L en milieu naturel, soit près de 13 000 fois moins que la concentration mesurée à la sortie du site. Le TFA n'est pas encore inclus parmi les 20 PFAS faisant l'objet d'une limite européenne, malgré des études évoquant des effets sur la reproduction, le foie, la thyroïde et le système immunitaire.
Ce que demande la Métropole
La collectivité métropolitaine réclame la réalisation d'expertises scientifiques sur la station de traitement du site BASF afin d'évaluer l'ampleur des rejets et leurs impacts sur la Seine et les usages locaux (eau, pêche, loisirs). La plainte marque un tournant : la collectivité entend protéger le patrimoine naturel et la santé des riverains par la voie judiciaire.
Réponse de l'industriel et enjeux locaux
BASF a indiqué que son site est engagé dans des démarches visant à réduire les émissions de TFA. Reste à vérifier sur le terrain l'efficacité des dispositifs et la mise en conformité éventuelle. Pour Rouen et les communes riveraines, cette affaire pose plusieurs questions concrètes :
- Quel suivi sanitaire et environnemental sera déployé pour la Seine ?
- Quelles mesures de prévention et de réduction des émissions imposera l'autorité compétente ?
- Quel calendrier pour des expertises indépendantes et transparentes ?
Dans les semaines à venir, la procédure judiciaire devrait préciser les investigations ordonnées et les responsabilités éventuelles. Pour les habitants de la métropole, le dossier remet au centre du débat la gestion des polluants persistants et la surveillance des sites industriels sur le bassin de la Seine.