Un jalon majeur pour l’eau au Moyen-Orient
Suez a annoncé un contrat d’une valeur de 2 milliards d’euros sur 15 ans dans le sultanat d’Oman, portant sur la gestion et la maintenance des services d’eau potable et d’assainissement à Mascate ainsi que dans les gouvernorats de Sharqiyah Nord et Sharqiyah Sud. L’accord s’inscrit parmi les plus importants de l’histoire récente du groupe et symbolise son repositionnement hors de l’Union européenne, un an après l’arrivée de son directeur général Xavier Girre.
« Dans le top 3 de l’histoire de Suez », a indiqué son directeur général, qui y voit « une nouvelle étape » pour le groupe.
Conclu après un long travail préparatoire entamé en 2017, ce succès repose, selon la direction régionale, sur l’expertise accumulée par Suez et sa connaissance opérationnelle du pays. La signature intervient dans un contexte où Oman investit dans la modernisation de ses infrastructures hydrauliques pour accompagner la croissance urbaine et sécuriser l’accès à la ressource dans un environnement aride.
Couplage eau-énergie : une dynamique régionale
Parallèlement à cet accord, un second projet d’envergure a été officialisé au bénéfice d’EDF : un contrat de 3 milliards de dollars pour développer et exploiter une station de transfert d’énergie par pompage au niveau du barrage de Wadi Daysat, à environ 90 km au sud de Mascate. Selon l’Élysée, cette installation permettra de stocker jusqu’à 2 GW d’énergie. Si ce projet est distinct de celui de Suez, leur concomitance illustre une double dynamique : sécuriser l’eau et consolider la flexibilité du système électrique par des capacités massives de stockage.
Un groupe français en reconquête internationale
Depuis l’offre publique d’achat de 2022 par Veolia, qui avait réduit une partie des actifs de Suez à l’étranger, le groupe a réorienté sa trajectoire. À ce stade, 56 % de son activité sont réalisés en France contre 44 % à l’international, mais la direction anticipe une répartition future « nettement différente ». La feuille de route privilégie la croissance hors UE et des métiers à forte marge, notamment les déchets dangereux.
Oman n’est pas une exception isolée. Ces derniers mois, Suez a signé un contrat d’approvisionnement en eau potable pour la ville indienne de Salem (Tamil Nadu), d’un montant de 456 millions d’euros sur 25 ans. Cette séquence confirme une stratégie d’implantation au long cours sur des marchés confrontés à des besoins structurels d’investissements dans l’eau.
Enjeux géopolitiques et industriels
La péninsule arabique structure, depuis une décennie, une politique d’infrastructures visant à diversifier les économies et à renforcer la résilience face au stress hydrique et aux aléas énergétiques. Dans ce cadre, un opérateur français apporte technologie, exploitation et maintenance, adossées à des contrats pluriannuels sécurisant les capitaux. Pour Suez, l’atout réside dans la maîtrise de l’intégralité de la chaîne de l’eau : pompage, traitement, distribution, assainissement et gestion patrimoniale des réseaux, couplée à une capacité d’exécution dans des environnements exigeants.
- Portée industrielle : consolidation du savoir-faire français dans l’eau et l’énergie au Moyen-Orient.
- Visibilité financière : contrats de longue durée, en euros ou dollars, sur des périmètres urbains étendus.
- Projection stratégique : accélération de l’internationalisation post-2022, au-delà de l’UE.
Données clés des récents accords
| Projet | Pays | Montant | Durée | Secteur |
|---|---|---|---|---|
| Gestion de l’eau (Mascate, Sharqiyah Nord/Sud) | Oman | 2 milliards € | 15 ans | Eau potable & assainissement |
| Station de transfert d’énergie par pompage (Wadi Daysat) | Oman | 3 milliards $ | ND | Stockage d’énergie (jusqu’à 2 GW) |
| Approvisionnement en eau (ville de Salem) | Inde | 456 millions € | 25 ans | Eau potable |
Cap sur l’exécution opérationnelle
Le contrat omanais a mobilisé les équipes locales de Suez depuis près de neuf ans pour bâtir l’offre et structurer la transition opérationnelle. Le groupe met en avant un « savoir-faire » et une « connaissance du pays » déterminants dans l’attribution. L’enjeu désormais sera de déployer des standards de service élevés dans un climat contraignant, tout en assurant la continuité d’alimentation et la performance des réseaux.
« Notre ambition, c’est véritablement d’accélérer notre développement à l’international », a souligné Xavier Girre.
Dans un environnement où l’eau et l’électricité sont au cœur de la sécurité des États, la combinaison d’accords de cette ampleur dessine, pour les industriels français, une fenêtre d’opportunité. Elle conforte aussi l’idée qu’au-delà des marchés européens, c’est sur des géographies en transition rapide que se jouera une part croissante de la chaîne de valeur des services essentiels.