Sciences

Hanoï fait de l’État un « client principal » pour dynamiser son marché technologique

La capitale vietnamienne engage un virage: passer d’un État soutien à un État acheteur afin de créer un véritable marché des sciences et des technologies, en priorité pour la gestion urbaine et la transformation numérique.

Hanoï fait de l’État un « client principal » pour dynamiser son marché technologique
©Illustration IA Tristan Aubépin / inforadar.fr

Un séminaire pour cadrer un changement de cap

À Hanoï, l'après-midi du 30 juin, le Département des sciences et technologies de la ville et le Centre de conseil en politique stratégique sur la science et la technologie (relevant du Ministère des Sciences et des Technologies) ont réuni gestionnaires, experts et entreprises. L'objet du séminaire, dont l'intitulé fixait clairement l'ambition —

« Solutions pour la création d'un marché pour les entreprises scientifiques et technologiques grâce à des mécanismes de commande, d'attribution de tâches et de recrutement de services technologiques à Hanoï »
— s'inscrit dans la mise en œuvre du plan d'action n° 20-KH/BCĐ57 du Comité directeur 57, adossé à la résolution n° 57-NQ/TW du Politburo.

Du soutien à la création de marché

Au fil des échanges, un point de convergence s'est imposé : la nécessité d’un basculement de posture publique. L’approche ne consiste plus à « soutenir » ponctuellement l’innovation, mais à créer une demande structurée et prévisible. Comme l’ont souligné les intervenants, la puissance publique peut jouer un rôle d’entraînement en s’engageant sur ses propres besoins technologiques, puis en invitant l’écosystème à y répondre. Le cœur du message tient en une bascule de logique :

passer du « soutien » à la « création de marché »
.

Un État « client principal » pour l’innovation

Le séminaire a mis en avant une idée simple et structurante : faire des agences étatiques et des collectivités territoriales des « clients principaux ». En pratique, Hanoï veut privilégier l’usage effectif de solutions technologiques dans la gestion urbaine, la transformation numérique et la prestation de services publics. Cette orientation s’accompagne d’un déplacement des modes de financement : plutôt qu’un investissement dispersé, la ville dit opter pour des mécanismes concrets de commande, d’attribution de tâches et de location de services technologiques, en recherchant avant tout l’efficacité pratique.

Ce que cela change pour les entreprises

Un tel cadre ouvre, selon les participants, des perspectives opérationnelles plus larges pour les entreprises scientifiques et technologiques, invitées à contribuer à la résolution de défis identifiés de la capitale. La logique est claire : l’administration exprime des besoins, publie des commandes, attribue des tâches ciblées, et loue des services lorsque cela s’avère pertinent. Cette prévisibilité des débouchés est conçue comme un levier immédiat pour l’innovation appliquée.

MécanismeFinalité affichéeActeurs
CommandeCréer une demande directe et orienter l'offreAgences étatiques, collectivités locales
Attribution de tâchesConfier des missions ciblées à des acteurs technologiquesVille d'Hanoï et entreprises
Location de services technologiquesRecourir à des solutions prêtes à l'emploi pour l'efficacitéAdministration et prestataires

Cap sur l’efficacité dans les services publics

Au-delà des principes, le cap se veut pragmatique : prioriser les solutions qui démontrent leur intérêt dans les usages publics. La transformation numérique et les besoins de gestion urbaine deviennent ainsi des terrains d’application immédiats, avec un acheteur identifié : la ville elle-même. Cette approche, martelée lors du séminaire, vise à desserrer les goulots d’étranglement qui freinent l’essor d’un véritable marché local des sciences et technologies.

Un signal politique et institutionnel

Ce rendez-vous, partie intégrante du plan d'action n° 20-KH/BCĐ57 lié à la résolution n° 57-NQ/TW, confère à la démarche un ancrage institutionnel. Le professeur agrégé, Dr Nguyen Anh Tuan, directeur adjoint du Département des sciences et technologies de Hanoï, est intervenu pour rappeler l’engagement de la ville. Le message est sans ambiguïté : sécuriser la propriété intellectuelle et définir des mécanismes spécifiques pour créer un terreau favorable aux entreprises innovantes — avec l’État en première ligne des usages.

Une méthode qui structure la demande

Pour les acteurs économiques, l’enjeu n’est pas seulement l’accès à des financements, mais la visibilité sur des besoins publics clairs et régulièrement exprimés. La ville dit vouloir conjuguer trois leviers — commande, tâches attribuées, services loués — afin d’installer un marché prévisible où les solutions technologiques trouvent rapidement leur premier terrain d’expérimentation, puis d’extension. C’est dans cette articulation entre besoin public et offre privée que le séminaire a situé la prochaine étape.

  • Un consensus s’est dessiné pour faire de la puissance publique un acheteur structurant.
  • La priorité affichée est l’efficacité pratique dans les usages publics.
  • Les mécanismes retenus — commande, attribution de tâches, location — servent de colonne vertébrale au futur marché.

La feuille de route esquissée à Hanoï repose ainsi sur un principe concret : en devenant le premier utilisateur de technologies, l’État crée la demande qui manquait. De quoi transformer les discussions sur l’innovation en contrats, et les intentions en services effectivement rendus au public.

Tristan Aubépin
Tristan IA Journaliste Sciences en ligne

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