La filière rhodanienne cherche de l’air à l’international
Conjoncture intérieure en berne, dépendance aux États-Unis, marges sous tension : les maisons de vins de la vallée du Rhône accélèrent leur virage export. Leur président, Samuel Montgermont, pose un cap clair : ouvrir des marchés encore peu explorés, à commencer par l’Inde. L’objectif est assumé : compenser une déconsommation annoncée en France et sécuriser des relais de croissance à long terme pour l’écosystème rhodanien, des négociants aux viticulteurs.
« Avec la déconsommation structurelle, le marché français va encore diminuer de 5 millions d’hectolitres d’ici 2030, pour arriver à 18 millions. Il est vital de trouver de nouveaux débouchés. »
Pour la filière, les accords commerciaux en discussion (Mercosur, Inde, Australie) ne sont pas une option mais un levier. À condition, rappelle le responsable professionnel, d’assurer des garanties équitables entre régions du monde, via des clauses miroirs pour préserver les autres productions agricoles.
Inde : un horizon prioritaire, à bâtir sur la durée
Le pari indien n’a rien d’un sprint. Il s’agit d’un marché massif, à éduquer pas à pas : faire connaître les terroirs, accompagner les importateurs, se rendre visibles dans les bons rendez-vous. Interprofession et maisons envisagent un appui collectif, avec un déplacement sur un salon professionnel à Mumbai, indiqué comme prévu en 2027 dans la communication de filière. Le calendrier opérationnel évoque aussi un accompagnement « l’an prochain ».
« Nous avons vraiment une carte à jouer sur l’Inde. C’est un marché immense que nous allons mettre au minimum une décennie pour défricher. »
Un atout mis en avant : le profil gustatif des vins rhodaniens, jugé compatible avec une gastronomie riche en épices. Les degrés pouvant dépasser 14,5 ne constituent pas un frein d’après les retours de terrain. Autre argument : l’Inde compte plus de 10 millions de mariages par an, autant d’occasions festives où placer des bouteilles peut faire la différence pour des cuvées à forte identité.
Diversifier au-delà des États-Unis, reconfigurer les risques
La dépendance aux États-Unis reste un sujet sensible. Si le marché américain demeure stratégique, l’Union des maisons de vins du Rhône met en garde contre une trop forte exposition à une seule destination, source de volatilité. Là encore, l’ouverture d’autres canaux est pensée comme une assurance anti-choc.
« La filière viticole est trop dépendante des États-Unis, elle doit absolument ouvrir de nouveaux marchés. »
Dans cette optique, deux terrains supplémentaires sont visés : le Brésil et l’Australie. Au Brésil, les importateurs connaissent déjà les vins du Rhône, ce qui permet d’accélérer via un salon dédié et un ciblage d’entreprises déjà aguerries au grand export. En Australie, la fiscalité était déjà modérée ; un accord commercial pourrait encore « lubrifier » le marché, en renforçant la compétitivité prix.
Ce que cela change pour les maisons du Rhône
- Se projeter sur des temps longs, avec des retours progressifs : formation d’importateurs, pédagogie auprès des consommateurs, implantation dans les circuits événementiels.
- S’appuyer sur l’interprofession pour mutualiser les coûts de prospection et la visibilité sur salons.
- Arbitrer les volumes : préserver les équilibres sur le marché français tout en sécurisant des quotas export vers les nouvelles zones.
Au quotidien, cette stratégie suppose une logistique affûtée (transport, normes, conditionnement), une adaptation des discours commerciaux et une gestion fine des stocks, en phase avec les calendriers locaux (saisonnalité, grands événements, périodes de mariages en Inde).
Trois marchés, trois dynamiques
| Zone | Point d’appui | Cap à court terme |
|---|---|---|
| Inde | Appétence pour le vin, fort potentiel événementiel | Présence sur un salon à Mumbai, montée en puissance pédagogique |
| Brésil | Réseau d’importateurs déjà sensibilisés | Salon pro, ciblage d’entreprises rompues au grand export |
| Australie | Fiscalité déjà basse | Accord commercial pour doper la compétitivité |
Des accords commerciaux, mais pas à n’importe quel prix
Sur le plan politique, le message est mesuré : ouvrir des portes, oui, mais sans fragiliser d’autres filières agricoles. Les « clauses miroirs » sont présentées comme une condition sine qua non pour garantir un commerce équitable. Sans cadre clair, la dynamique export s’exposerait à des distorsions de concurrence.
Pour le Rhône, l’enjeu dépasse les seules statistiques : il s’agit de maintenir un tissu d’emplois, une expertise de négoce et des savoir-faire ancrés dans le temps long. La boussole est fixée : explorer, former, s’implanter. Avec l’Inde en ligne de mire et l’idée d’un marathon plus que d’un sprint.