Un cap industriel décisif à Belfort
À Belfort, Arabelle Solutions, filiale à 100% d’EDF, enclenche un programme d’investissement de 350 M€ sur quatre ans pour moderniser et étendre ses capacités. L’objectif affiché est clair : multiplier par deux la cadence de production des turbines à vapeur Arabelle d’ici 2030, tout en réinternalisant des composants majeurs de la ligne d’arbre, notamment les échangeurs de chaleur et l’alternateur. Ce virage industriel s’inscrit dans la montée en puissance du programme EPR2 et dans un carnet de commandes qui s’étend aussi à l’international.
Modernisation de l’outil de production
Dans le hall historique de l’usine belfortaine, mis en service en 1888, les travaux illustrent l’accélération. Une nouvelle machine de 450 tonnes est en cours d’installation, posée dans une fosse de 13 m de profondeur, elle-même fondée sur des pieux de 18 m. L’exigence métrologique est élevée : la tolérance visée atteint 3 microns par mètre sur les pièces usinées. Ce niveau de précision impose un ancrage et une stabilité des équipements irréprochables.
« Nous sommes autant en chantier qu’en fabrication »
Ce chantier ne se limite pas au cœur de l’atelier historique. Arabelle Solutions prévoit de transférer l’usinage des rotors et des corps de turbines dans un nouvel édifice de 20 000 m² à environ 2 km du site actuel. Ce projet, chiffré à 180 M€, vise à rationaliser des flux aujourd’hui dispersés sur deux bâtiments et à regrouper l’ensemble des procédés dans un espace intégré. Le constructeur doit être désigné d’ici la fin de l’année, pour un dépôt de permis de construire annoncé au début 2027.
Capacités et débouchés : un positionnement clé
Les turbines Arabelle, capables d’atteindre 1 900 MW, figurent parmi les plus puissantes du marché. Elles équipent déjà une large part du parc nucléaire français et ont été retenues pour les quatre EPR en construction au Royaume-Uni (Hinkley Point et Sizewell). En France, elles sont destinées aux six EPR2 prévus à Penly (Seine-Maritime), Gravelines (Nord) et Bugey (Ain). Pour tenir ce calendrier industriel, Arabelle Solutions vise à passer d’un rythme d’environ 1 à 1,2 turbine par an à une production doublée d’ici la fin de la décennie.
Un calendrier serré pour l’EPR2
La montée en cadence s’accompagne d’échéances proches : la fabrication des premiers éléments destinés au réacteur EPR2 de Penly doit débuter dès la fin de l’année. Ce jalon engage la supply chain belfortaine sur des exigences de qualité et de ponctualité renforcées, et conforte le rôle du site comme pivot de la filière.
Organisation industrielle et effets locaux
Au-delà du symbole d’une relance industrielle, l’opération transforme l’architecture de production à Belfort. Le regroupement des procédés sur un site dédié à l’usinage lourd des pièces majeures doit :
- réduire les transferts internes entre bâtiments et améliorer les flux de production ;
- sécuriser les qualifications et la traçabilité des étapes critiques ;
- renforcer la réinternalisation de composants stratégiques pour fiabiliser les délais.
Dans un territoire marqué par une longue tradition d’industries mécaniques et énergétiques, ces investissements consolident le poids de la filière nucléaire dans l’économie locale. Le projet s’inscrit dans la durée, avec des jalons étagés entre l’atelier historique et le futur bâtiment de 20 000 m².
Repères chiffrés
| Indicateur | Valeur |
|---|---|
| Investissement total | 350 M€ (sur 4 ans) |
| Objectif de cadence | x2 d’ici 2030 |
| Nouvelle machine | 450 t, fosse 13 m, pieux 18 m |
| Tolérance d’usinage | 3 µm/m |
| Nouveau bâtiment | 20 000 m² (à ~2 km du site historique) |
| Coût du projet bâtiment | 180 M€ |
| Étapes administratives | Choix du constructeur fin d’année, permis début 2027 |
| Puissance turbines | Jusqu’à 1 900 MW |
| Cadence actuelle | Environ 1 à 1,2 turbine/an |
| Début pièces EPR2 | Fin d’année (Penly) |
Ce que cela change pour Belfort
La combinaison d’un outil modernisé, d’un site d’usinage étendu et d’une organisation resserrée autour des composants critiques place Belfort au cœur de l’exécution du programme EPR2. Les échéances rapprochées impliquent une forte coordination industrielle locale, des besoins soutenus en compétences techniques et une vigilance constante sur la qualité. Sans promettre au-delà des éléments communiqués, le territoire peut y voir une consolidation tangible d’un écosystème historique, arrimé à des marchés nationaux et britanniques.