Un virage opérationnel dans la lutte intégrée
À Bonnée, au cœur du Loiret, Les Serres modernes du Val de Loire ont changé leur manière de protéger les cultures. Les associés Adrien Quaak et son neveu Kévin Duval, parmi les plus gros producteurs de poivrons du pays, ont choisi d’outiller l’ensemble de leurs équipes pour pousser la protection biologique intégrée au maximum d’efficacité. Leur exploitation consacre aujourd’hui 9 hectares de serres au poivron, pour une production annuelle d’environ 2 200 tonnes. L’objectif affiché : maintenir le cap d’une production performante tout en évitant le recours systématique aux pesticides.
Retour d’expérience après deux saisons chahutées
Le déclic est venu des campagnes 2019-2020, marquées par un emballement des infestations. Les punaises ont pris l’avantage, mettant à mal la planification culturale et la qualité des récoltes. Le recours à un traitement chimique, s’il a freiné l’insecte ciblé, a dans la foulée favorisé une explosion des pucerons, ses prédateurs naturels ayant été balayés. Un enchaînement coûteux qu’il fallait enrayer. Kévin Duval résume l’ampleur de la crise traversée :
« On s’est fait dépasser par les punaises. Nous avons perdu une grande partie de notre production. […] On est allé jusqu’à devoir écraser 2 000 punaises par rang »
Depuis, la démarche a été profondément réorganisée, avec un mot d’ordre : détecter tôt et partout pour intervenir mieux, et moins.
Tout le monde aux aguets, smartphone en main
Concrètement, la détection des bioagresseurs est devenue une mission intégrée aux postes de travail. Chaque équipe dispose d’un smartphone connecté à un module de l’application de gestion des travaux Hoogendoorn. Les salariés, préenregistrés, s’identifient via leur badge puis consignent leurs observations. Le signalement est précis : numéro de rang, repère de poteau, côté concerné, degré d’importance et, si besoin, une photo à l’appui. L’application s’adapte à la langue des utilisateurs ; en cas de difficulté, le chef d’équipe finalise la saisie.
Ce maillage d’observations en continu nourrit un véritable système d’information interne. Il repère les foyers naissants de punaises, pucerons ou acariens et permet de calibrer la réponse : lâchers ciblés d’auxiliaires, opérations mécaniques locales, ou simples ajustements culturaux. L’idée n’est pas de multiplier les interventions, mais de les déclencher au bon endroit, au bon moment, avec le bon levier.
Des fiches de poste revues et assumées
La bascule n’a pas été qu’outil : elle est aussi organisationnelle. Les fiches de poste ont été réécrites pour faire de la veille sanitaire une compétence partagée. L’encadrement a pris le temps de former l’ensemble du personnel à la reconnaissance des symptômes sur feuille et au tri des indices, afin de différencier les principaux agresseurs. Le message est passé, estime le producteur :
« Ce sont nos yeux […] On a complètement revu les fiches de poste. »
La remontée d’information, désormais routinière, participe à sécuriser la campagne. Elle limite les angles morts, évite les réponses disproportionnées et réduit le risque d’effets collatéraux, comme ceux observés lors du passage au chimique contre les punaises.
Production sécurisée, environnement protégé
Pour une structure positionnée parmi les poids lourds du poivron en France, l’enjeu est double : préserver la qualité et la régularité des volumes sortant des serres de Bonnée, tout en consolidant une trajectoire de réduction des intrants. La PBI exige une vigilance constante ; en mettant l’ensemble des équipes à contribution, l’exploitation l’ancre dans le quotidien des travaux culturaux. Le bénéfice attendu est clair : moins d’aléas, moins d’interventions lourdes, plus de réactivité.
Un modèle d’organisation inspirant
Au-delà du cas de Bonnée, l’expérience montre qu’une détection distribuée et outillée peut changer l’issue d’une campagne sous serre. Les dirigeants n’y voient pas une prouesse technique isolée, mais une façon plus robuste d’opérer. L’outil numérique est un moyen, pas une fin : ce qui fait la différence, c’est la cohérence de l’information collectée et sa traduction rapide en actions mesurées. Dans un contexte où les producteurs cherchent à conjuguer performances économiques et exigences environnementales, la méthode déployée ici fera sans doute parler, tant par sa simplicité d’usage que par sa portée opérationnelle.
Ce qu’il faut retenir
- Un dispositif de veille à l’échelle de toute l’équipe, avec signalements géolocalisés dans la serre et photos à l’appui.
- Une stratégie PBI réarmée après deux saisons critiques, pour réduire les traitements et éviter les déséquilibres biologiques.
- Une production de poivrons sous 9 ha de serres à Bonnée, visant la stabilité des 2 200 tonnes annuelles.
Chiffres-clés
| Indicateur | Valeur |
|---|---|
| Surface de serres dédiées au poivron | 9 hectares |
| Production annuelle | 2 200 tonnes |
| Ajout du poivron à la production | 2018 |