Un théâtre d’images pour raconter Carcassonne autrement
À Carcassonne, jeudi 25 juin, deux classes de l’école Jean‑Jaurès et les résidents de l’EHPAD Les Marronniers ont présenté un Kamishibaï — ce théâtre ambulant d’origine japonaise où les images défilent pour porter une histoire. Leur spectacle, titré « C’était mieux avant ? », est l’aboutissement d’un travail mené tout au long de l’année scolaire, à la croisée de l’apprentissage, de la mémoire et du lien entre générations.
Né d’une première étape de réflexion autour d’un « Abécédaire de la Liberté », le projet a fait se rencontrer des enfants de CM1/CM2 et des aînés, non pas pour juxtaposer les points de vue, mais pour bâtir un récit commun. Ici, pas de nostalgie facile : les élèves ont collecté témoignages et anecdotes, les ont mis en mots, puis en images, et les ont enrichis d’enregistrements audios réalisés par les participants eux‑mêmes.
Un dialogue construit à partir de paroles vécues
Le cœur du dispositif repose sur une promesse simple : partir de la vie réelle. Les enfants ont lu, rédigé, réécrit, trié ; les résidents ont prêté leur mémoire et leur sens du détail. Le résultat, un ensemble de planches illustrées accompagnées de voix enregistrées, porte cette double signature. Comme le résume un enseignant impliqué :
« un vrai dialogue, sans histoire inventée ni fantasme »
Cette matière brute de souvenirs a été organisée en six chapitres thématiques. Chacun ouvre un angle de vue sur des sujets concrets, là où les clichés s’installent parfois vite : l’école d’hier et d’aujourd’hui, la place de la parole, des mariages forcés aux anniversaires, du racisme aux loisirs. L’objectif affiché : réinterroger les idées reçues sans occulter la complexité du passé.
Six portes d’entrée pour tordre le cou aux idées reçues
Le spectacle suit une progression par thèmes, chaque séquence mêlant illustration, texte et voix.
| Chapitre | Thème |
|---|---|
| 1 | La parole |
| 2 | L’école |
| 3 | Les mariages forcés |
| 4 | Les anniversaires |
| 5 | Le racisme |
| 6 | Les loisirs |
Déroulées à voix haute, les planches invitent à la comparaison, non pour juger, mais pour mettre en perspective. La forme Kamishibaï, rythmée par les changements d’images, donne à entendre autrement des récits qui, sans ce cadre, se seraient peut‑être dissipés.
Apprentissages scolaires et civiques main dans la main
Tout au long de l’année, le projet a tenu ensemble des objectifs pédagogiques précis et une ambition citoyenne. Côté élèves, la progression est lisible : lecture à voix haute, écriture et réécriture, sélection des contenus, travail de l’écoute. Côté résidents, la participation active a transformé des souvenirs en matériaux narratifs, donnant consistance à un récit collectif.
- Des compétences scolaires mobilisées (lire, écrire, éditer).
- Des compétences sociales renforcées (écoute, coopération, respect des points de vue).
- Un cadre clair : les valeurs de la laïcité comme fil conducteur.
La référence à la laïcité n’est pas un vernis : elle structure la démarche. Chacun parle depuis son expérience, dans un espace commun où le contradictoire peut s’exprimer sans s’imposer. En fin de représentation, une animatrice a rappelé le sens de cette année de travail :
« L’aboutissement de cette année de travail démontre que la laïcité est avant tout un principe de liberté et de cohésion qui nous rassemble »
Un projet ancré dans la ville
Au‑delà de la représentation, l’initiative relie deux lieux familiers aux Carcassonnais — une école élémentaire du centre et un établissement pour personnes âgées — autour d’un bien commun : la transmission. Pour les familles, les personnels éducatifs et soignants, ce rendez‑vous de fin juin incarne concrètement la coopération locale, loin des discours abstraits. Il montre qu’à l’échelle d’un quartier, la mémoire des aînés peut devenir un levier d’apprentissage et d’ouverture pour les plus jeunes.
L’expérience souligne aussi la force d’un format accessible. Un Kamishibaï ne réclame ni plateau technique lourd ni décors sophistiqués : quelques planches, une trame solide, des voix. Autant d’éléments qui facilitent la reproductibilité du projet dans d’autres classes, médiathèques ou structures socio‑éducatives de Carcassonne.
De la scène à la trace, un capital à faire vivre
Le recours aux enregistrements audios laisse une trace au‑delà de la soirée de présentation. C’est une ressource pour prolonger le travail en classe, engager des échanges en famille et garder vivants les récits partagés. En s’attaquant sans pathos aux images d’Épinal du « c’était mieux avant », la création collective remet l’esprit critique au centre et ouvre un chemin pour d’autres initiatives intergénérationnelles à Carcassonne.
Sans chercher l’exploit, ces voix croisées auront réussi une chose essentielle : faire tenir ensemble précision des souvenirs, exigence d’écriture et respect de chacun, dans une ville où le lien social s’éprouve souvent au ras du quotidien.