Sur l'île, le malaise est palpable. Depuis la révélation par Le Monde du courrier de Gérald Darmanin adressé le 29 juillet à Laurent Nunez, les représentants des forces de l'ordre de La Réunion ont exprimé leur profonde colère et un sentiment d'injustice. Les propos du ministre de la Justice, qui critique le traitement des affaires de violences sexuelles sur mineures et déplore des défaillances de la police judiciaire, ont été perçus comme une attaque par des policiers déjà sous pression.
Des mots qui provoquent une onde de choc
Gilles Clain, secrétaire national exécutif du syndicat Unité Police, qualifie les déclarations de « scandaleuses et aberrantes ». Son constat rejoint celui de Mickaël Hoareau, secrétaire régional de l'Unsa Police, qui s'étonne que l'ancien ministre de l'Intérieur, qui a dirigé Place Beauvau pendant des années, fasse désormais des reproches sans avoir, selon lui, apporté les solutions nécessaires lorsqu'il était en poste.
« Ses propos sur mes collègues sont scandaleux et aberrants. On ne comprend d'ailleurs pas pourquoi le ministre de la Justice se permet de faire le bilan de la police nationale », déclare Gilles Clain.
Une charge de travail inacceptable
Sur le terrain, la principale critique porte sur les moyens. À La Réunion, l'Office des mineurs (OFMIN) ne compte que 11 professionnels, dont 4 dans le Sud. Les syndicats évoquent une réalité concrète : chaque enquêteur se retrouve, en moyenne, avec 200 à 400 dossiers à traiter. Une charge qui ne tient pas compte de la hausse des infractions envers les mineurs, des violences intrafamiliales et des trafics qui mobilisent aussi les effectifs.
- 11 professionnels à l'OFMIN à La Réunion
- 4 postes concentrés dans le Sud
- 200–400 dossiers attribués en moyenne par enquêteur
| Élément | Chiffre |
|---|---|
| Effectifs OFMIN | 11 |
| Postes dans le Sud | 4 |
| Dossiers par enquêteur (moyenne) | 200–400 |
Entre responsabilité et moyens
Les syndicats refusent d'assumer seuls la responsabilité des « errements » évoqués autour des enquêtes sur mineurs et pointent l'absence de volonté politique et de ressources. Pour eux, la critique tombée du ministère de la Justice apparaît d'autant plus malvenue qu'elle intervient après des années au sommet de la hiérarchie. Sur l'île, le débat se polarise donc entre exigence de résultats et mise en lumière de contraintes structurelles.
Pour les Réunionnais concernés par ces dossiers, la question reste pratique : comment garantir des enquêtes rapides et complètes lorsque les effectifs et la formation sont limités ? Les syndicats réclament davantage de moyens humains, une organisation adaptée et des formations obligatoires qui, selon eux, ne sont pas suffisamment assurées aujourd'hui.
La polémique nationale résonne localement comme un appel à des réponses concrètes : renforcement de l'OFMIN, réévaluation des charges de travail et clarification des responsabilités ministérielles. À La Réunion, sur le terrain, les policiers attendent désormais des actes et non des constats.