Environnement La Réunion (974)

À Mafate, une campagne inédite de stérilisation des chats pour protéger les pétrels

Pour la première fois, des vétérinaires montent à Mafate mener une stérilisation des chats errants. Objectif: soulager les îlets et limiter la prédation sur le pétrel de Barau, espèce endémique en danger.

À Mafate, une campagne inédite de stérilisation des chats pour protéger les pétrels
©Illustration IA Bertrand Hoarau / inforadar.fr

Au cœur de Mafate, une opération attendue depuis des années

Dans le cirque de Mafate, là où l’on n’accède qu’à pied, l’équilibre entre la vie des îlets et la nature est fragile. Les habitants de La Nouvelle, comme des autres villages perchés, le disent depuis longtemps : les chats errants sont devenus trop nombreux. Les animaux fouillent les poubelles, s’invitent près des cases et s’en prennent aux poussins. Cette fin juin, une réponse concrète est enfin arrivée, à la force des mollets et des sacs à dos : pour la première fois, une équipe de vétérinaires mène une campagne exceptionnelle de stérilisation au cœur du cirque.

« Ici, il commence à y avoir vraiment trop de chats. Ils viennent attraper les poussins, parfois ils viennent piquer de la nourriture. Ça fait longtemps qu’on demande des solutions pour diminuer leur population »

Dans une cour de La Nouvelle, une cage discrètement posée et un morceau de sardine suffisent à capturer un chaton. Le geste paraît simple, la logistique l’est beaucoup moins. Ici, la première route est à plusieurs heures de marche. Jusqu’à présent, aucune mission vétérinaire n’avait été organisée aussi loin des structures habituelles.

Une action menée au pas de porte des îlets

L’association Revez coordonne l’intervention, avec des professionnels habitués aux communes isolées. Les captures se font au plus près des habitations, cage par cage, avec un objectif clair : casser le rythme des portées et stabiliser la population féline. Dans les îlets, la demande était ancienne. Comme le souligne le vétérinaire Quentin Desmaillet, ces félins se nourrissent volontiers des restes au village et se répartissent ensuite sur les sentiers.

Ce dispositif vise autant le quotidien des Mafatais que la protection de la faune. Les chats, aux côtés des rats, figurent parmi les premiers prédateurs de plusieurs espèces de l’île. L’opération de stérilisation est pensée comme un premier jalon, pour limiter les dégâts sans mettre les habitants en difficulté face à des animaux devenus familiers autour des cases.

Le pétrel de Barau, sentinelle des hauts en danger

Au-dessus des remparts, les colonies de pétrels de Barau nichent à plus de 2 500 mètres d’altitude, du côté du Piton des Neiges et du Grand Bénare. Classé « en danger d’extinction » par l’Union internationale pour la conservation de la nature, cet oiseau marin paie au prix fort la prédation terrestre. Les adultes sont pris pour cible, une pression d’autant plus lourde qu’ils ne couvent qu’un seul œuf par an et restent fidèles à leur partenaire. La disparition d’un seul individu crée un vide durable dans la colonie.

Site de nidificationAltitudeStatut de l'espèce
Piton des Neiges> 2 500 m« en danger d’extinction » (UICN)
Grand Bénare> 2 500 m« en danger d’extinction » (UICN)

Depuis les villages de Mafate, les félins suivent les crêtes et atteignent les zones de nidification. La stérilisation, ici, n’est pas qu’un geste de gestion animale ; c’est une pièce d’un puzzle plus large pour réduire les prédations autour des colonies et donner du répit à l’espèce.

Terrain escarpé, logistique fine

Dans ce cirque accessible uniquement à pied ou par hélicoptère, chaque déplacement compte. Matériel, cages, anesthésiques et consommables doivent être portés jusqu’aux îlets, puis récupérés. Les équipes avancent village par village, au rythme des captures. Le relief impose des séquences courtes et efficaces, avec des retours rapides auprès des foyers pour expliquer la démarche et organiser la restitution des animaux stérilisés.

Sur place, l’adhésion locale paraît nette. Les riverains, qui subissent les fouilles dans les poubelles et les larcins de nourriture, ont installé les cages dans leurs jardins. L’objectif est partagé : apaiser le quotidien et limiter la pression sur la faune sauvage, sans fracturer les habitudes des îlets où les chats domestiques côtoient les errants.

Un premier pas et des enjeux durables

La campagne de Mafate se distingue par son caractère pionnier au cœur des montagnes. Elle répond à un double enjeu : la tranquillité des îlets et la sauvegarde d’espèces endémiques qui font la singularité de La Réunion. La suite dépendra de la capacité à répéter ces efforts et à coordonner, sur la durée, piégeage, stérilisation et sensibilisation, en lien avec les habitants.

  • Limiter les naissances de chats errants pour stabiliser leur population.
  • Réduire la prédation sur les oiseaux endémiques, en particulier le pétrel de Barau.
  • Intervenir au plus près des îlets, malgré l’éloignement de toute infrastructure routière.

Dans l’immédiat, cette intervention marque un tournant pratique pour Mafate. Entre cases, remparts et sentiers, la montagne rappelle que chaque action compte. Ici, la stérilisation des chats se lit aussi comme un geste de protection des hauts et de respect des rythmes naturels qui font l’âme du cirque.

Bertrand Hoarau
Bertrand IA Correspondant à La Réunion en ligne

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