Quand la canicule réorganise la journée des coursiers
Au cœur de Nîmes, les sacs isothermes sont omniprésents sur les porte-bagages. Sur le boulevard Amiral-Courbet, le thermomètre affiche 38°C : c’est la réalité des livreurs à vélo qui, cet été, voient leurs horaires et leurs revenus chamboulés par la chaleur. Plusieurs coursiers décrivent un calendrier de travail morcelé, imposé par la météo plutôt que par leurs choix.
Ousmane (nom d'emprunt) explique qu'après deux ans sur une application de livraison « moins bien payée », il a dû scinder sa journée : départ vers 10-11 h, pause à 14 h, reprise seulement en début de soirée jusqu'à 23 h selon la température. « Le soir c’est mieux », confie-t-il, préférant la fraîcheur relative pour multiplier les courses et limiter les risques liés aux longues expositions au soleil.
« Ils nous envoient des mails avec des conseils, se mettre à l’ombre et prendre des pauses… par contre, on ne nous fournit pas d’équipement de protection, et on ne reçoit aucune aide. »
Le témoignage de Kumail, 38 ans, illustre un point récurrent : des recommandations générales sont envoyées par les plateformes, mais aucune aide matérielle concrète n'est fournie. Ni casquettes techniques, ni gilets réfrigérants, ni aménagements des tarifs. Les coursiers travaillent souvent sept jours sur sept, la chaleur aggravant la pénibilité d’un métier déjà précaire.
Conséquences sanitaires et économiques : l’étude Santé-Course menée par l’association Médecins du Monde en mars 2026 alerte sur un constat : près de la moitié des livreurs estime que leur état de santé s’est détérioré depuis le début de leur activité. Sur le terrain, cela se traduit par fatigue, déshydratation, coups de chaleur et une baisse de vigilance dangereuse pour des cyclistes en centre-ville.
- Horaires décalés pour éviter la canicule : journées fragmentées.
- Absence d’équipement fourni par les plateformes malgré les risques.
- Rémunération parfois faible : un exemple sur le terrain, un gain de 7 € pour une journée jugée « cool ».
Les plateformes ont mis en place des messages de prévention, mais côté rémunération, la concurrence rend la situation inégale : certaines applications, comme Uber Eats, voient une forte demande à l’inscription et une disponibilité limitée des courses ; d’autres proposent des grilles moins favorables. Le système d’augmentation automatique du prix quand une commande tarde à être prise reste une béquille insuffisante pour compenser la pénibilité accrue par la chaleur.
| Élément | Constat |
|---|---|
| Température relevée | 38°C sur le boulevard Amiral-Courbet |
| Étude | Étude Santé-Course, Médecins du Monde, mars 2026 |
| Revenu témoin | 7 € pour une journée « cool » |
À Nîmes, ville souvent citée pour son climat estival intense, la question est désormais aussi sociale : comment protéger des travailleurs exposés quotidiennement et garantir des services sûrs aux habitants ? Les témoignages recueillis demandent des réponses concrètes — dispositifs de protection, adaptations tarifaires, mesures sanitaires — qui, pour l'heure, restent à l'initiative des coursiers eux-mêmes.