Des sommets transformés, entre attraction et fragilité
Sur les crêtes balayées par le vent, la quiétude des bois et des tourbières se conjugue désormais au bruit des flux touristiques. Au Markstein, à plus de 1 200 mètres d'altitude, c'est la grande luge sur rail qui concentre le courroux des défenseurs de l'environnement. Pour Dominique Humbert-Beretti, responsable de SOS Massif des Vosges, ces équipements participent à la perte de « naturalité » du massif.
« La grande luge sur rail fait perdre aux Vosges 'de leur naturalité, de leur biodiversité et de leur beauté, tout simplement'. »
Le phénomène s'est intensifié après la pandémie : des citadins des régions voisines — Grand Est, Île-de-France, Hauts-de-France — ainsi que des visiteurs d'Allemagne, de Belgique et des Pays-Bas reviennent massivement vers les reliefs vosgiens à la recherche d'espaces d'air et de nature.
Fréquentation et retombées économiques
Le tourisme représente aujourd'hui un levier économique important pour le département. Selon des chiffres cités récemment, les Vosges accueillent plus de 4 millions de nuitées annuelles et, en ajoutant les séjours familiaux et amicaux, on s'approche de 10 millions de nuitées, pour des retombées évaluées à près d'un milliard d'euros.
| Indicateur | Valeur |
|---|---|
| Nuitées annuelles (hôtellerie) | 4 000 000 |
| Nuitées totales estimées | ~10 000 000 |
| Retombées économiques | ~1 milliard € |
Des sites saturés : exemples et conséquences
La célèbre Route des Crêtes subit des encombrements — voitures de sport, motos et files de camping-cars — jusque sur les bas-côtés. Les photos prises le 16 juillet à Oderen illustrent ces concentrations. Aux cascades du Tendon, la fréquentation a presque doublé depuis avant le Covid, pour atteindre 120 000 à 130 000 visiteurs par an d'après le maire Gérard Clément. Face à cet afflux, les offices de tourisme ont retiré le site de certaines plaquettes depuis 2024 pour tenter de juguler l'arrivée massive de visiteurs.
- Dégradations de sites : piétinements, érosion des sentiers, pressions sur la faune protégée.
- Pression sur les infrastructures : parkings saturés, déchets, nuisances sonores.
- Tension entre économie et préservation : intérêts financiers locaux vs. limites de capacité des milieux naturels.
Quelles réponses locales ?
Les élus et gestionnaires locaux sont partagés. Le président du conseil départemental, François Vannson, rappelle l'importance économique du tourisme : « par les temps qui courent, on ne crache pas dessus », formule reprise dans le reportage. Sur le terrain, certaines communes adoptent des mesures de régulation : retrait d'affichage touristique, dispositifs de stationnement, ou communication destinée à répartir les flux hors des heures et sites les plus sensibles.
La question cruciale demeure celle de l'équilibre : comment préserver la biodiversité et la « beauté » des Vosges tout en soutenant un secteur qui nourrit une part non négligeable de l'économie locale ? Les associations environnementales, les élus et les professionnels du tourisme devront rapidement approfondir des solutions concertées — gestion des flux, quotas, aménagements respectueux — pour que les sommets restent vivables pour la nature comme pour les habitants.
À l'approche des saisons hautes, le massif vosgien apparaît comme un laboratoire de cette cohabitation : paysage, vent et forêts gardent leur silence, mais l'affluence impose d'écouter les alertes qui montent des vallées.