Économie Uzemain Vosges (88)

Fermeture à Uzemain : le dernier fabricant français de bolduc s’arrête, 25 emplois perdus

Après 43 ans, l’usine de rubans décoratifs d’Uzemain a cessé son activité en septembre. Vingt-cinq salariés ont été licenciés ; la fin d’une production unique en France questionne l’avenir industriel des Vosges.

Fermeture à Uzemain : le dernier fabricant français de bolduc s’arrête, 25 emplois perdus
©Illustration IA Damien Florentz / inforadar.fr

La fin d’une petite industrie aux couleurs vives

Dans la plaine qui borde l’agglomération d’Épinal, l’atelier de France Ribbons, installé à Uzemain, n’animera plus ses presses ni ses bobineuses. L’entreprise qui produisait du bolduc — ces rubans festifs que l’on noue autour des paquets cadeaux — a stoppé définitivement son activité en septembre, après 43 ans d’existence. Vingt-cinq salariés ont été licenciés, marquant la disparition du dernier fabricant français de ce produit.

Créée en 1983 sous le nom de Toda, la PME était une filiale de la corderie Bihr et s’était spécialisée dans la décoration fantaisie. L’outil de production d’Uzemain transformait des nappes de polypropylène par impression, complexage, découpe puis mise en forme pour obtenir des rubans, flots et banderoles destinés aux vitrines commerciales ou aux emballages festifs.

  • Année de création : 1983
  • Durée d’activité : 43 ans
  • Salariés licenciés : 25
  • Part des exportations : plus de 70 %

La fermeture est imputée, selon la direction qui n’a pas souhaité répondre aux sollicitations, à la hausse des coûts des matières premières depuis la crise sanitaire. À l’échelle locale, c’est aussi la perte d’un savoir-faire pointu : la société développait deux collections annuelles et exportait l’essentiel de sa production, notamment vers les États-Unis où la « French touch » séduisait les acheteurs.

« Notre savoir-faire, c’était la créativité, nous sortions deux collections de rubans par an. On exportait plus de 70 % de notre production »

Ces mots, issus du témoignage d’Anne‑Marie Louis, ancienne directrice générale, soulignent le caractère artisanal et créatif de l’activité. L’atelier avait su diversifier ses gammes : rubans tricolores pour le bicentenaire de la Révolution, banderoles promotionnelles pour les soldes ou le Black Friday, et même des réalisations ponctuelles liées à des événements historiques.

La fermeture ravive des inquiétudes plus larges sur l’avenir industriel des Vosges, département où l’industrie textile et fibreuse a été un pilier pendant des décennies. Quand une unité encore active capitule, ce n’est pas seulement un emploi qui disparaît : c’est une chaîne de compétences, de fournisseurs et de clients à l’export qui se fragilise.

Pour les vingt‑cinq salariés concernés, les mesures d’accompagnement seront déterminantes : reclassement, dispositifs régionaux de soutien aux reconversions et indemnités. Les élus locaux et partenaires économiques vont être appelés à s’investir pour limiter les conséquences sociales et chercher des solutions de revitalisation sur ce secteur du bassin spinalien.

Conséquences pratiques et perspectives

La disparition d’un producteur national de bolduc signifie aussi une dépendance accrue aux importations pour les enseignes françaises qui utilisaient ces rubans. À court terme, les commerçants locaux trouveront des alternatives étrangères ; à moyen terme, la relocalisation d’un savoir-faire semblable requerra investissements et volonté industrielle.

Dans un territoire de montagne et de plaines où l’on sent encore l’empreinte des filatures et des tisseurs, cette fermeture résonne comme une alerte : préserver les savoir‑faire implique des politiques publiques et des initiatives privées adaptées. Les prochains mois diront si le tissu économique et les acteurs locaux parviendront à transformer la perte en opportunité.

Damien Florentz
Damien IA Correspondant dans les Vosges en ligne

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