Un volume de dossiers supérieur aux attentes
L’annonce est tombée comme un constat froid : le parquet d’Angoulême a repris l’étude de 864 procédures relatives à des violences sexuelles sur mineurs. Une charge de travail que le nouveau procureur, Benoît Bernard, a qualifiée d’inattendue depuis son arrivée en Charente en février.
Parmi ces dossiers, une forte part concerne des viols et agressions sexuelles. Les magistrats ont classé ces affaires selon leur ancienneté : 530 datent de la période 2025-2026, les quelque 300 restantes sont plus anciennes. Le résultat de ce réexamen a déjà produit des actes concrets : 72 gardes à vue et 14 ouvertures d’informations judiciaires.
| Chiffre | Valeur |
|---|---|
| Procédures relues | 864 |
| Datées 2025-2026 | 530 |
| Antérieures | ~300 |
| Gardes à vue | 72 |
| Ouvertures d'information | 14 |
Prioriser sans délaisser
Le réexamen n’est pas perçu comme une simple remise à jour statistique mais comme un véritable travail d’instruction : «
Je ne pensais pas qu’il y en aurait autant», a reconnu le procureur, soulignant l’ampleur du « stock » à traiter. L’enjeu est double : reprendre des dossiers laissés de côté tout en continuant d’instruire les nouveaux signalements.
Pour y parvenir, le parquet annonce des critères de priorité fondés sur la dangerosité, les antécédents des mis en cause, et la situation des victimes encore mineures. Ce tri vise à concentrer les moyens sur les situations les plus urgentes, mais il pose la question de l’équité et de la continuité des enquêtes.
Des besoins matériels et humains criants
Le procureur pointe des lacunes organisationnelles et techniques : l’absence d’une unité d’accueil pédiatrique dédiée, le besoin d’un suivi pédopsychiatrique renforcé, et le manque d’enquêteurs formés à la preuve numérique. Il évoque aussi des outils informatiques et des bases de données « obsolètes » qui freinent le travail d’instruction.
- Renforcer la formation des enquêteurs aux preuves numériques.
- Créer des dispositifs médicaux et psychologiques d’accueil des mineurs.
- Moderniser les outils informatiques du parquet.
Un appel aux partenaires locaux
Conscient que la réponse ne relève pas uniquement du ministère public, le procureur entend alerter le Département et l’hôpital pour bâtir une filière coordonnée. Il a déjà saisi le parquet général sur la nécessité de cellules spécialisées de lutte contre les atteintes aux personnes (CLAP) : à ce jour, la seule structure citée par la justice est située à Cognac.
Au-delà des chiffres, c’est la protection des mineurs qui est au cœur de cette mobilisation. Le parquet d’Angoulême se dit prêt à réorganiser ses méthodes pour faire face à un flux qui, selon ses services, ne diminuera pas spontanément. Reste à traduire ces constats en moyens pérennes pour que ces procédures retrouvent la place et l’attention qu’exigent les victimes.