Une histoire de courant, d’images et de sécurité
Aux Rencontres d’Arles 2026, une exposition et son catalogue invitent à regarder autrement l’aventure électrique française. Intitulée « Vigilance. Le travail sous tension », la sélection s’attache aux images commandées par Électricité de France pour documenter et promouvoir une modernisation du pays tout en imposant la question de la sécurité au travail.
Après la Seconde Guerre mondiale, la mission était claire : électrifier l’ensemble du territoire. Pour y parvenir, des ouvrages électriques, thermiques, hydrauliques, puis nucléaires, ont transformé paysages et métiers. Mais derrière la modernité affichée, l’électricité reste une force invisible, porteuse de risques industriels souvent imperceptibles.
Le propos de l’exposition revient sur des faits précis et peu oubliables : dès 1947, EDF met en place un Service Prévention et Sécurité. Le traumatisme reste vif — 59 décès causés par des accidents du travail en 1950, année la plus meurtrière de son histoire —, poussant l’entreprise à renforcer ses actions. En 1953 naît le magazine Vigilance, qui affirme l’ambition de forger un « esprit de sécurité » par l’image.
« faire émerger un véritable ‘‘esprit de sécurité’’ »
La Société pour le Développement des Applications de l’Électricité (SODEL) joue, dans ce récit, le rôle d’agence de communication : elle commande aux photographes des images qui célèbrent les grands ouvrages, mais aussi servent d’outils pédagogiques. Le corpus exposé à Arles mêle donc esthétique monumentale et vocation documentaire — un mariage voulu pour transformer l’industrie en projet culturel et civilisationnel.
- La sélection montre comment la photographie a servi la prévention industrielle.
- Elle documente la modernisation technique et ses conséquences sociales.
- Elle interroge la représentation de l’électricité : célébration vs. réalité des risques.
À Arles, ce parcours résonne doublement : d’une part parce que les Rencontres mettent en lumière des archives visuelles qui ont façonné le regard collectif ; d’autre part parce que la présentation interroge le rapport entre image, puissance publique et mémoire ouvrière. Pour les habitants, l’exposition offre une occasion de revisiter un pan concret de l’histoire régionale — les centrales, lignes et personnels qui ont transformé les paysages locaux — sans minimiser le prix humain payé pour cette modernité.
| Année | Événement |
|---|---|
| 1947 | Création du Service Prévention et Sécurité d'EDF |
| 1950 | 59 décès par accidents du travail (année la plus meurtrière) |
| 1953 | Lancement du magazine Vigilance |
Reste à voir comment le public d’Arles accueillera ce regard historique sur l’industrie électrique : loin d’une simple nostalgie, l’exposition pose la question des images comme instruments de changement — et rappelle que la modernisation a toujours un coût humain.