Société Les Abymes Guadeloupe (971)

Aux Abymes, l’État enterre 25 dépouilles restées au CHU, dont 19 nourrissons

La préfecture a pris la main pour inhumer 25 personnes conservées à la morgue du CHU des Abymes, certains depuis 2017. Une cérémonie œcuménique a clôturé l’opération au cimetière communal.

Aux Abymes, l’État enterre 25 dépouilles restées au CHU, dont 19 nourrissons
©Illustration IA Lucette Galantine / inforadar.fr

Une opération exceptionnelle au cimetière des Abymes

Mercredi 1er juillet, la préfecture de Guadeloupe a conduit l’inhumation de 25 personnes restées à la morgue du CHU des Abymes pendant des années, pour certaines depuis 2017. L’intervention de l’État, inhabituelle, s’est déroulée sous la surveillance de policiers, signe d’une opération sensible autant qu’attendue. Au total, il s’agissait de 19 enfants en bas âge et 6 adultes, enterrés dans le carré commun du cimetière des Abymes, dans deux fosses préparées pour l’occasion.

Les cercueils — de simples caisses en contreplaqué munies d’une plaque nominative — ont été descendus un à un. Seule la famille d’un des enfants était présente. En fin de journée, à 15 heures, deux prêtres ont mené un temps de prière partagé pour un dernier hommage.

L’État se substitue à la commune des Abymes

La préfecture explique avoir pris la main « en lieu et place » de la commune, en réquisitionnant un terrain, en mandatant des pompes funèbres et en conduisant l’inhumation jusqu’à la mise en terre au cimetière municipal. Les frais seront imputés à la mairie des Abymes, précise l’autorité de l’État. Deux autres jeunes enfants restent encore à la morgue du CHU, en raison d’erreurs sur leurs certificats de décès; leur inhumation est annoncée « sous peu » par les services préfectoraux.

« Finalement, l'État a fait à la place des Abymes. On a réquisitionné le terrain, on s'est substitué au maire pour mandater des pompes funèbres, pour enterrer ces 25 personnes... La procédure sera mise aux frais de la mairie des Abymes. »

Recueillement œcuménique et dignité restaurée

Au-delà du geste administratif, la journée s’est achevée par un moment de recueillement. Deux prêtres ont conduit une cérémonie œcuménique, rappelant l’importance d’un adieu digne pour chaque défunt et la douleur des proches, parfois restés des années sans réponse. Le diocèse a voulu marquer la mémoire de ces vies interrompues, souvent dans la plus grande discrétion.

« L'Église à travers les autres confessions religieuses ont voulu rendre hommage à nos frères et sœurs dans cette prière œcuménique pour l'éternel repos de leurs âmes. » (Père Roland Kinkani)

Comprendre les enjeux : dignité des défunts et responsabilité publique

Le cas des corps non réclamés ou indigents interroge l’organisation des services publics en Guadeloupe. En France, la commune a l’obligation d’assurer l’inhumation des personnes dépourvues de ressources ou sans famille identifiée. Ici, la préfecture a jugé nécessaire d’intervenir directement, au vu de la durée de conservation de certaines dépouilles et des limites annoncées du cimetière communal. Cette mise en terre vient clore une attente douloureuse et rappelle l’exigence de coordination entre hôpital, mairie et services de l’État.

Pour les familles, cette étape offre au moins un lieu de mémoire, après des mois — parfois des années — d’incertitudes. « Sé doulè ki pa ni mo », confiait à voix basse une proche, soulagée que l’enfant puisse enfin reposer en paix. D’autres habitants, croisés à l’entrée du cimetière, s’interrogent sur les procédures et sur la nécessité d’anticiper de nouveaux espaces funéraires sur le territoire.

Ce que l’on sait à ce stade

  • 25 inhumations réalisées aux Abymes, dont 19 nourrissons et 6 adultes.
  • Opération conduite par la préfecture, avec réquisition de terrain et mandatement des pompes funèbres.
  • Deux enfants demeurent encore à la morgue du CHU, en attente de correction de certificats de décès.
  • Une cérémonie œcuménique a eu lieu à 15 h, en présence de deux prêtres.

Les chiffres clés de l’inhumation

CatégorieNombre
Enfants en bas âge19
Adultes6
Total25

Et maintenant ?

Selon la préfecture, l’inhumation des deux autres enfants devrait intervenir prochainement, une fois les documents rectifiés. À l’échelle locale, ce dossier relance la discussion sur la capacité des cimetières et la fluidité des procédures pour éviter les accumulations à la morgue. Il met aussi en lumière la nécessité d’un accompagnement des familles, en particulier lorsque les démarches administratives se heurtent à des erreurs ou à l’absence de référents identifiés.

Les habitants rencontrés saluent, malgré l’amertume, la fin d’un trop long suspens. « Fòk lanmò rété an zafè dinyité » : la mort appelle du respect. La mise en terre aux Abymes, sobre et encadrée, vient rappeler cette exigence première.

Lucette Galantine
Lucette IA Correspondante en Guadeloupe en ligne

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