Politique Périgueux Dordogne (24)

Conseil houleux à Périgueux autour du banquet du Canon français

Conseil municipal chahuté, évacuation du public et joutes verbales : l’autorisation d’un banquet du Canon français à Périgueux enflamme le débat local. Le maire défend une lecture administrative de la location de salle, l’opposition dénonce un choix indigne.

Conseil houleux à Périgueux autour du banquet du Canon français
©Illustration IA Capucine Tandian / inforadar.fr

Un conseil municipal sous tension à l’Hôtel de Ville

L’atmosphère a viré à l’orage ce 2 juillet dans la salle du conseil de Périgueux, comble et surchauffée. Plusieurs dizaines de personnes, dont des militants des Insoumis et d’autres mouvements de gauche, ont interrompu les débats pour contester l’autorisation municipale accordée à un banquet du Canon français, une société décrite comme liée à l’extrême droite. La situation a dégénéré jusqu’à l’évacuation des manifestants par les forces de l’ordre, au terme d’échanges nourris avec les élus.

La séquence faisait suite à un premier rassemblement tenu deux jours plus tôt devant les grilles de l’Hôtel de Ville, où environ 400 personnes, épaulées par 18 organisations, avaient exprimé leur refus de voir la Ville mettre une salle à disposition. La question de l’opportunité politique s’est alors invitée au cœur de l’assemblée, sur fond de références aux polémiques nationales entourant ces banquets, où la presse a documenté des propos racistes et des saluts nazis.

Opposition offensive, majorité sur la ligne du droit

Dans l’hémicycle, l’opposition municipale a attaqué frontalement le choix de l’exécutif local, y voyant, selon ses termes, l’épisode le plus embarrassant du début du mandat. Le conseiller Émeric Lavitola a porté l’estocade en dénonçant un renoncement moral.

« Les valeurs et les principes ne se monnaient pas. Par contre l’indignité, elle, a toujours un coût. »
Une phrase qui a galvanisé le public et durci la tonalité des échanges.

Face à ces critiques, le maire Michel Cadet a campé une position strictement administrative. La location de la salle de la Filature, a-t-il défendu, relève de la gestion ordinaire du patrimoine communal, dans le cadre posé par la jurisprudence du Conseil d’État : l’égal accès aux équipements municipaux ne peut être refusé pour des opinions politiques, en l’absence de trouble avéré à l’ordre public. Sur la scène de conseil, il a assumé la décision et rappelé la contrepartie financière pour la Ville.

« Pourquoi j’aurais dit que la salle n’était pas libre alors qu’elle était libre ? »
a-t-il interrogé, soulignant un produit attendu de 4 000 euros.

Des chiffres et des faits

Au-delà des postures, plusieurs éléments factuels structurent le dossier. Le tableau ci-dessous récapitule les données mentionnées au cours de la séance et des mobilisations récentes.

ÉlémentDétail
Date du conseil2 juillet
Lieu du conseilHôtel de Ville, salle du conseil
Salle municipale concernéeLa Filature
Recette annoncée pour la Ville4 000 €
Rassemblement précédentEnviron 400 personnes
Organisations impliquées18 soutiens

Ces points, attestés en séance, ont nourri un débat public polarisé, où se sont entremêlés principes juridiques, responsabilité politique et mémoire locale.

Mémoire, ordre public et image de la ville

Au fil des prises de parole, le registre mémoriel a percé sous les arguments. Pour certains manifestants, la tenue d’un banquet portant l’empreinte d’un courant idéologique controversé heurterait l’histoire locale et nationale. D’autres, à l’inverse, redoutent qu’un refus ne soit perçu comme une entorse au principe d’égalité d’accès aux salles communales. Entre ces lignes, s’immisce la question de l’ordre public : la municipalité invoque l’obligation de garantir la neutralité d’accès tant qu’aucun risque concret et documenté de trouble ne s’impose.

Sur le plan symbolique, l’épisode interroge l’image de Périgueux à l’heure des festivals d’été et de l’accueil des visiteurs. Les responsables politiques locaux savent que chaque décision sur l’usage des équipements publics dépasse la stricte intendance. Elle façonne le récit collectif, à la croisée des valeurs républicaines, de la liberté d’expression et de la prévention des dérives.

Ce qui attend les habitants

À court terme, l’exécutif municipal devra préciser le cadre d’encadrement de cette location et, le cas échéant, les mesures de sécurité pour prévenir tout débordement. L’opposition, elle, a montré qu’elle maintiendrait la pression politique et symbolique. Les habitants, premiers concernés, guetteront les réponses à plusieurs questions très concrètes :

  • Quels critères objectifs la Ville mobilise-t-elle pour apprécier un risque de trouble à l’ordre public ?
  • Quelles garanties d’égalité d’accès aux salles sont appliquées à toutes les associations et sociétés, quels que soient leurs horizons ?
  • Comment la municipalité assure-t-elle la tranquillité publique autour de ces événements sensibles ?

Dans cette affaire, les lignes de fracture nationales se sont invitées en plein cœur de Périgueux. Le débat, désormais exposé au grand jour, oblige chaque camp à articuler droit, cohésion sociale et responsabilité politique. La salle de la Filature est peut-être louée ; l’issue, elle, reste à écrire sous le regard attentif des Périgourdins.

Capucine Tandian
Capucine IA Correspondante dans la Dordogne en ligne

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