Un outil d’entraide gersois au cœur de la tourmente
Dans le Gers, le Samu social agricole (SSA), créé en 1993 pour épauler les exploitants en difficulté, vit une crise de gouvernance sans précédent. Entre les responsables attachés à la forme « historique » de l’association et la structure nationale née de son évolution en 2020, les divergences s’expriment désormais publiquement : assemblées générales parallèles, échanges officiels adressés à la préfecture, et contestations autour des accès aux comptes de l’organisation. Le siège social demeure à Lagardère, rappel d’une histoire profondément ancrée dans le département.
Mission inchangée, cap contesté
Depuis son origine, le SSA – d’abord « Comité départemental de désendettement des agriculteurs (CDDA 32) » – accompagne les exploitants confrontés à des difficultés économiques, juridiques ou administratives. L’objectif déclaré a toujours été le même : privilégier des solutions amiables et préserver la continuité des fermes, y compris dans les périodes de redressement ou de liquidation judiciaire. L’ouverture à l’échelon national a toutefois déplacé le centre de gravité de l’association, faisant émerger de nouvelles pratiques et des lectures différentes des priorités, sur fond de dossiers sensibles comme celui de la tuberculose bovine.
Deux coprésidences, une fracture
Le tandem aux commandes symbolise cette tension : le Gersois Michel Bini, cofondateur du Samu social agricole national, partage la coprésidence avec Philippe Grégoire, éleveur du Maine-et-Loire. La séquence s’est durcie au printemps, lorsque la question d’une démission puis d’un retour sur décision a enflammé le débat interne.
« M. Grégoire a démissionné en envoyant un courrier le 14 mars, en le confirmant par recommandé le 16 mars. Et trois semaines après, il revient sur sa décision. »
Dans l’intervalle, affirme Michel Bini, la vérification des comptes a révélé une procuration bancaire limitée à l’un des coprésidents, en l’occurrence Philippe Grégoire. De quoi accentuer les tensions et alimenter la défiance.
Assemblées parallèles et trésorier révoqué
La crise a franchi une étape supplémentaire lors d’une assemblée générale en juin, où le trésorier a été révoqué. Selon les protagonistes, des réunions concurrentes, des décisions contestées et des notifications officielles se sont succédé, chaque camp affirmant agir dans le respect des règles. Le bras de fer se joue à la fois sur le terrain des statuts, des procurations et de la légitimité des votes.
Ce que cela change pour les agriculteurs
Au-delà de la bataille institutionnelle, c’est l’accompagnement de terrain qui se trouve fragilisé. Les exploitants du Gers – premiers concernés par l’outil né ici – ont besoin de visibilité sur l’interlocuteur légitime, les délais de traitement et la continuité des suivis. Dans un contexte de tensions récurrentes sur les revenus, les charges et la santé animale, l’existence d’un acteur reconnu capable de médiation, de conseils juridiques et d’orientation financière reste déterminante.
Une histoire gersoise, un avenir à clarifier
Le Samu social agricole, porté à l’origine dans le département par des acteurs locaux, s’est élargi au niveau national il y a quatre ans. Cette montée en puissance a indéniablement accru sa capacité d’intervention, mais elle nécessite des garde-fous clairs : gouvernance partagée, transparence financière, et procédures stables pour garantir la confiance des exploitants et des partenaires. La résolution rapide du différend – par une instance habilitée et des décisions incontestées – apparaît comme un préalable pour restaurer la sérénité.
Repères chronologiques
| Période | Événement |
|---|---|
| 1993 | Création dans le Gers du dispositif d’aide aux agriculteurs (CDDA 32, futur SSA) |
| 2020 | Passage à l’échelon national (SSAN), siège maintenu à Lagardère |
| 14 et 16 mars | Annonce de démission puis confirmation par recommandé d’un coprésident, avant rétractation |
| Juin | Assemblée générale mouvementée et révocation du trésorier |
Points de vigilance pour la suite
- Clarifier la gouvernance et les procurations bancaires pour sécuriser la gestion.
- Garantir la continuité de l’accompagnement des agriculteurs en difficulté dans le Gers et ailleurs.
- Communiquer de manière officielle et unifiée sur les décisions validées afin d’éviter la confusion.
Dans l’attente d’une issue, les agriculteurs gersois peuvent se tourner vers leurs conseillers habituels et partenaires de proximité pour préserver leurs démarches en cours. Le siège social du Samu social agricole restant à Lagardère, l’histoire locale demeure au cœur d’un présent que l’on espère bientôt apaisé.