À Villejuif, un symbole pour alerter sur l’ampleur du chantier
Au sud de Paris, le Fort de La Redoute, à Villejuif, raconte à lui seul la complexité de la remise en état des sols. Sur 3,7 hectares, cet ancien ouvrage militaire du XIXe siècle, laissé sans usage depuis 2017, cumule les séquelles d’activités passées et une récente dérive: au fil du confinement en 2020, le site s’est mué en dépôt sauvage, saturé d’encombrants et de rebuts parfois dangereux. Face à la pression des collectivités, l’État a dû missionner un vaste déblaiement, avec l’extraction de 40 000 m³ de déchets entre 2023 et 2024. Une opération lourde, coûteuse et révélatrice d’un maillage de terrains contaminés bien plus large.
Une taxe ciblée sur les déchets du BTP pour créer un levier financier
C’est sur ce terrain emblématique que le sénateur du Val-de-Marne Pascal Savoldelli a dévoilé, le vendredi 27 juin, une proposition de loi dédiée à la dépollution des sols. Le texte vise à instaurer une contribution sur les déchets issus de la construction, démolition et terrassement, afin d’alimenter un fonds de réparation et de réhabilitation des sites contaminés.
« relative à la pollution des sols et visant à la réparation des territoires affectés »
L’objectif affiché: dégager des ressources durables pour couvrir des dépenses souvent hors de portée des collectivités ou des propriétaires, surtout quand les responsabilités sont diffuses ou anciennes. En filigrane, il s’agit de désengorger les friches et terrains stérilisés par la pollution, qui pèsent sur l’urbanisme local, la santé environnementale et les projets d’aménagement.
Le Fort de La Redoute, cas d’école et point d’appui pour le débat
Le choix du Fort n’a rien d’anodin: il illustre la superposition de strates historiques – usages militaires, abandon, dépôts sauvages – et la difficulté à retrouver une qualité de sol compatible avec des usages futurs. À Villejuif comme ailleurs en Île-de-France, ces terrains forment des poches à fort potentiel mais bloquées par le coût de leur remise en état.
Le nettoyage réalisé ces deux dernières années a permis de dégager la masse d’encombrants et de substances indésirables. Reste la question de la contamination résiduelle des sols, de son diagnostic précis, et des filières de traitement à mobiliser. Sans financement fléché, ces étapes s’éternisent, renchérissent les projets et fragilisent la reconversion.
Des enjeux concrets pour les communes du 94
- Accélérer la réhabilitation des friches pour libérer du foncier pérenne, notamment à proximité des transports.
- Réduire l’exposition des riverains aux risques environnementaux liés aux sols dégradés et aux dépôts sauvages.
- Clarifier le financement des travaux lorsque l’historique des pollutions ne permet pas d’identifier un « payeur » évident.
La proposition de taxe sur les flux de déchets de chantier s’inscrit dans cette logique. Elle entend relier une source de pollution potentielle – la production de déblais et gravats – au financement des réparations nécessaires ailleurs, lorsque des sites ont été compromis par des usages antérieurs ou des incivilités récentes.
Un cadre à préciser, un calendrier à suivre
La présentation du texte au Fort de La Redoute ouvre une séquence parlementaire qui devra trancher la portée de la contribution, ses modalités de collecte et les priorités d’attribution des fonds. À l’échelle locale, élus et services techniques guetteront les arbitrages: ils conditionneront la vitesse à laquelle des terrains comme celui de Villejuif pourront réellement changer de visage.
En attendant, l’exemple du Fort rappelle qu’une dépollution réussie n’est pas qu’une affaire d’excavation. Elle exige un pilotage public solide, la coordination d’acteurs multiples et un financement à la hauteur des enjeux, du diagnostic initial jusqu’aux contrôles finaux.
Repères chiffrés au Fort de La Redoute
| Indicateur | Valeur |
|---|---|
| Surface du site | 3,7 ha |
| Période d’abandon | depuis 2017 |
| Décharge sauvage | constatée en 2020 |
| Déchets évacués | 40 000 m³ (entre 2023 et 2024) |
| Annonce politique | 27 juin (présentation de la proposition de loi) |
Le débat national qui s’ouvre résonne donc directement dans le Val-de-Marne. Si la mesure aboutit, elle pourrait offrir aux communes un outil financier supplémentaire pour transformer des passifs environnementaux en opportunités urbaines, en limitant les délais et les aléas budgétaires.