Ressources concentrées en montagne, usages dispersés
Alors que plusieurs zones de Provence‑Alpes‑Côte d’Azur, et notamment dans les Alpes‑de‑Haute‑Provence, voient ces jours‑ci se multiplier les alertes sécheresse, une étude de l’Insee publiée avec la Dreal et la Région offre un éclairage sur la répartition des prélèvements et des consommations d’eau en 2022, toujours très parlante en 2026.
Le constat principal est net : les départements alpins jouent le rôle de « réservoirs » régionaux. 47 % des volumes prélevés dans la région proviennent des Hautes‑Alpes et près de 30 % des Alpes‑de‑Haute‑Provence, alors que ces territoires représentent une faible part des usages et de la population. L’étude souligne que les lieux de prélèvement et de stockage ne coïncident pas avec les zones où l'eau est la plus consommée.
« En 2022, 47 % des volumes d’eau prélevés dans la région sont issus des Hautes‑Alpes et près de 30 % dans le département des Alpes‑de‑Haute‑Provence, alors même que ces départements représentent 5 % des volumes d’eau utilisés dans la région et autour de 3 % de la population régionale. »
Les aménagements hydrauliques — lacs artificiels comme Serre‑Ponçon ou Sainte‑Croix — concentrent les ressources. La majeure partie des prélèvements (trois quarts) s'effectue en montagne, puis est transférée par des canaux ou réseaux vers d'autres usages.
Qui consomme cette eau ?
Sur 2,6 milliards de m³ d'eau douce prélevés hors production hydroélectrique, l'Insee répartit les usages comme suit :
| Usage | Volume (m³) |
|---|---|
| Alimentation en eau potable | 634 000 000 |
| Agriculture (principalement irrigation) | 710 000 000 |
| Industrie, voirie, incendie, arrosage | 255 000 000 |
| Transferts via canaux (complémentaires) | 989 000 000 |
Ces chiffres montrent la forte dépendance de l'irrigation agricole et des transferts interterritoriaux à des volumes massifs issus des massifs alpins.
Impacts locaux et pistes pratiques
Pour les communes du département, cette lecture implique plusieurs enjeux concrets : préservation des nappes locales (Asse, Calavon, Colostre, Nesque), gestion des transferts d'eau, et préparation face à des épisodes de faible ressource. Les conséquences touchent à la fois les agriculteurs, les collectivités en charge de la distribution d'eau potable et les services de lutte contre les incendies.
- Surveillance renforcée des niveaux de nappe et des débits en période estivale.
- Priorisation des usages lors d'alertes (consommation domestique, irrigation, sécurité incendie).
- Investissements possibles dans des systèmes de stockage et d'économies d'eau à l'échelle locale.
À l'heure où les alertes sécheresse deviennent plus fréquentes, la lecture des données 2022 invite élus et usagers des Alpes‑de‑Haute‑Provence à rappeler la fragilité d'un système où les ressources et les usages ne coïncident pas toujours. La question politique et pratique est désormais de mieux concilier stockage, transferts et consommation, afin d'assurer la résilience des territoires les plus exposés.