Un coup dur pour le réseau, la métropole lilloise directement touchée
Le groupe Nosoli, propriétaire des enseignes Furet du Nord et Decitre, a ouvert un nouveau chapitre de sa restructuration. Selon son communiqué, 11 magasins sur 27 devraient baisser le rideau, avec à la clé jusqu’à 163 suppressions de postes au total, en additionnant les fermetures et les ajustements d’effectifs envisagés dans des sites maintenus et dans les fonctions support. Dans ce plan, la métropole lilloise n’est pas épargnée : les boutiques de Roubaix et Villeneuve-d’Ascq font partie des sept Furet du Nord appelés à fermer.
Le périmètre des fermetures, tel que présenté par le groupe, inclut également des adresses en Île-de-France (Aéroville/Roissy, Saint-Quentin-en-Yvelines, Plaisir), dans le Pas-de-Calais (Béthune) et à Reims. Côté Decitre, quatre librairies sont concernées : Grenoble, Saint-Étienne et deux points de vente à Lyon, dont l’historique de la place Bellecour.
Des chiffres, un contexte qui s’assombrit
Ces 11 librairies rassemblent 115 salariés. Nosoli précise toutefois que d’autres suppressions pourraient découler d’« ajustements » dans les magasins conservés et au siège, d’où le plafond annoncé de 163 postes. Le groupe est placé en redressement judiciaire depuis le 1er juin et a réalisé 150 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2025. La trajectoire confirme les tensions qui bousculent l’ensemble du secteur : concurrence du e‑commerce, érosion de la lecture sur papier, pression sur les coûts.
La situation n’est pas isolée. Au printemps, le tribunal des affaires économiques de Paris a placé le groupe Gibert en redressement. La librairie indépendante montpelliéraine Sauramps a, elle aussi, demandé à être placée sous protection judiciaire à la mi‑juin. Dans ce paysage fragilisé, l’annonce de Nosoli sonne comme un signal supplémentaire, avec un impact immédiat pour les salariés et les lecteurs dans les Hauts‑de‑France.
Le Nord en première ligne : ce qui ferme, ce qui reste
Dans la région, la carte culturelle locale se recompose. Après les fermetures de 2024 déjà intervenues au sein du groupe (dont celle d’un magasin à Lille), ce nouvel épisode frappe au cœur de la métropole. Pour s’y retrouver facilement :
- Fermetures Furet du Nord annoncées dans le Nord–Pas‑de‑Calais : Roubaix, Villeneuve‑d’Ascq, Béthune.
- Autres fermetures Furet du Nord : Aéroville (Roissy), Saint‑Quentin‑en‑Yvelines, Plaisir, Reims.
- Fermetures Decitre : Grenoble, Saint‑Étienne, Lyon (2, dont Bellecour).
| Ville | Enseigne | Département |
|---|---|---|
| Roubaix | Furet du Nord | Nord (59) |
| Villeneuve-d’Ascq | Furet du Nord | Nord (59) |
| Béthune | Furet du Nord | Pas-de-Calais (62) |
Pour les clients, l’enjeu est double : retrouver des alternatives de proximité et anticiper la réorganisation de l’offre du groupe. Nosoli n’avance à ce stade aucun calendrier détaillé d’exécution des fermetures. Sur le terrain, des signes de bascule sont toutefois perceptibles, comme à Lyon :
« Votre magasin sera exceptionnellement fermé ce mardi 30 juin. Nous rouvrirons nos portes le 1er juillet à 9h30 »
Le groupe explique que des « ajustements d’effectifs » sont envisagés dans plusieurs magasins restants, signe que la période va rester mouvante au‑delà des seules fermetures.
Emploi : quelles marges de manœuvre ?
Nosoli insiste sur la recherche de solutions pour limiter la casse sociale. Le communiqué évoque des reclassements possibles, sans plus de détail pour l’instant. À l’échelle de la métropole lilloise, où la librairie demeure un marqueur fort de la vie de quartier, ces fermetures interrogent : quel maillage demain pour l’accès au livre neuf, à la papeterie, aux jeux éducatifs ? Et comment amortir le choc pour des équipes ancrées de longue date dans leur ville ?
Au‑delà de l’urgence, la direction affirme viser une recomposition du modèle : ajuster l’équilibre entre « livre » et « hors‑livre », pousser davantage le numérique, et développer des ventes vers les professionnels et les collectivités. Des axes stratégiques qui restent à préciser, alors que la priorité du moment demeure la sauvegarde de l’activité viable et la sécurisation des emplois qui peuvent l’être.
Repères récents et implications locales
Ce plan s’inscrit dans la continuité d’une année 2024 déjà marquée par cinq fermetures au sein du groupe, dont trois Furet du Nord (Lille, Paris, Beauvais) et deux Decitre (Annemasse, Bezons). L’annonce du jour élargit l’onde de choc. Dans le Nord, l’attention se porte désormais sur la capacité des autres librairies à absorber la demande et sur la place du commerce culturel dans les centres‑villes et les centres commerciaux, à l’heure où la vente en ligne capte toujours plus d’achats.
Prochaine étape : le suivi du dossier au tribunal dans le cadre du redressement judiciaire, avec, en toile de fond, un secteur qui tente de se réinventer sans lâcher sa colonne vertébrale : le conseil, la prescription, la rencontre avec les lecteurs. Autant d’atouts qui, dans nos villes du Nord, ont longtemps fait la différence.