La suppression d'une petite pièce, un grand saut pour les paiements en espèces
Plusieurs pays ont déjà fait le pas : la Nouvelle-Zélande (1990), l'Australie (1992), la Finlande (2000) ou les Pays-Bas (2004). Le Canada, qui a cessé la production de la « cenne » en 2012, a vu la question revenir dans l'actualité après l'arrêt de la frappe du cent américain en novembre 2025. La disparition physique de la plus petite unité monétaire ne touche pas les paiements électroniques, mais transforme les transactions en espèces en imposant une règle d'arrondi du montant total taxes comprises.
Comment fonctionne l'arrondi institué
Le gouvernement canadien recommande un arrondi au multiple de 0,05 $ le plus proche. Concrètement :
- les montants se terminant par 1, 2, 6, 7 sont arrondis à la baisse ;
- ceux finissant par 3, 4, 8, 9 sont arrondis à la hausse.
Exemples : 2,87 $ devient 2,85 $, tandis que 2,88 $ passe à 2,90 $. En théorie, hausses et baisses devraient se compenser. En pratique, plusieurs études montrent un léger biais en faveur des commerçants.
| Montant initial | Arrondi |
|---|---|
| 2,87 $ | 2,85 $ |
| 2,88 $ | 2,90 $ |
Des gains qui s'accumulent pour les entreprises
La littérature citée dans la source signale que l'arrondi favorise souvent les vendeurs. Par exemple, une étude de 2018 de Christina Cheung (Université de la Colombie-Britannique) a évalué l'impact des arrondis sur les achats d'épicerie dans six provinces canadiennes et conclu que l'effet financier net bénéficie aux entreprises. Le mécanisme est simple : même un centime ou deux gagnés systématiquement sur des millions de transactions se traduit par des montants non négligeables pour la distribution.
Conséquences pratiques pour les consommateurs
Pour l'usager payant en espèces, l'impact est direct mais souvent marginal à l'échelle d'un achat. En revanche :
- les consommateurs fréquents d'espèces peuvent voir leur pouvoir d'achat légèrement réduit sur la durée si l'arrondi penche en faveur des commerçants ;
- les transactions électroniques restent inchangées, ce qui encourage implicitement les paiements par carte ou mobile ;
- la suppression de la pièce réduit les coûts logistiques et de production pour l'État (frappe, manipulation, transport), bien que ces économies doivent être mises en regard du gain privé réalisé par les entreprises.
Ce que disent les données — et ce qu'elles ne disent pas
Les travaux disponibles montrent une tendance, pas une règle absolue : l'arrondi peut, selon les secteurs et le profil des achats, avantager l'un ou l'autre camp. Les chiffres cités dans la source font état d'un bénéfice net pour les commerçants dans l'échantillon étudié, mais l'ampleur varie selon les méthodes et les contextes provinciaux.
Au final, la disparition de la plus petite pièce est moins un bouleversement monétaire qu'une modification des pratiques de paiement, aux implications redistributives subtiles : économies publiques sur la production et la gestion des espèces, mais transferts possibles vers les entreprises si les biais d'arrondi persistent. Pour le consommateur, la réponse immédiate est simple — privilégier les paiements électroniques quand on veut éviter tout effet d'arrondi.