Un cap budgétaire sur dix ans, assumé et chiffré
Dans un entretien publié ce jeudi soir, Gabriel Attal, candidat de Renaissance à la présidentielle, présente une trajectoire de retour à l’équilibre des finances publiques sur 10 ans. Il envisage un seuil de 3 % de déficit public « avant 2032 », puis un retour à 0 % du PIB à l’horizon 2037, via une « loi de programmation économique et fiscale sur 10 ans ». L’ancien Premier ministre avance une règle de responsabilité politique inédite pour ses futurs membres du gouvernement :
« impunité zéro » pour les ministres responsables de dérapages budgétaires.
Un cadrage en réponse à la pression européenne et au débat du centre
Cette stratégie, fixée « d’emblée » dans la loi de programmation, s’accompagnerait d’un argumentaire pour « convaincre la Commission européenne » de la crédibilité du chemin proposé. Elle se positionne en miroir des annonces récentes d’Édouard Philippe, qui cible 2 % de déficit à la fin du quinquennat en 2032, contre environ 5 % aujourd’hui. Les deux anciens chefs de gouvernement d’Emmanuel Macron doivent, par ailleurs, prendre la parole aux Rencontres économiques d’Aix-en-Provence, où la soutenabilité budgétaire sera au cœur des échanges.
Économies visées : 120 à 150 milliards d’euros sans impôts supplémentaires
Gabriel Attal chiffre l’effort global entre 120 et 150 milliards d’euros d’économies, sans recourir à des hausses d’impôts. L’essentiel porterait sur la dépense sociale, avec un accent assumé sur son rythme et ses effets redistributifs. Le candidat met en avant un diagnostic direct :
« les dépenses sociales » sont « hors de contrôle et pèsent trop sur ceux qui travaillent ».
- 100 000 suppressions de postes dans la fonction publique, via des départs volontaires.
- Environ deux tiers de l’effort concentré sur les dépenses sociales.
- Pas de hausse d’impôts dans le schéma présenté.
Emploi public : des suppressions par volontariat
Le volet emploi public est explicite : la suppression de 100 000 postes s’appuierait sur le volontariat. Ce choix de méthode vise à afficher une réduction de la dépense de personnel sans enclencher de conflit frontal avec les corps administratifs. Il n’en demeure pas moins structurant dans la perspective d’un premier budget du quinquennat envisagé à partir de 2028.
Une trajectoire formalisée et ses jalons
Le recours à une loi de programmation sur dix ans traduit une volonté de lier la main de l’exécutif et du Parlement sur la durée, tout en assumant que l’échéance d’équilibre en 2037 dépendra du verdict des urnes au milieu du parcours. Sur ce point, le candidat met en avant la nécessité d’un « cap » stable pour garantir la crédibilité externe de la France et la lisibilité interne des choix budgétaires.
| Objectif | Échéance |
|---|---|
| Déficit à 3 % | Avant 2032 |
| Équilibre à 0 % du PIB | 2037 (deux quinquennats) |
| Suppressions de postes publics | 100 000 (départs volontaires) |
| Économies totales | 120–150 Md€ |
Rapport de force au centre et test de crédibilité
En détaillant ses seuils et ses instruments, Gabriel Attal pose ses jalons face à son concurrent du « bloc central ». La comparaison des horizons (2 % pour Édouard Philippe en 2032 contre 3 % « avant 2032 » pour Attal) et la cible finale à 0 % constituent le cœur du différend stratégique. Au-delà des chiffres, la clef sera la capacité à verrouiller des économies massives dans la dépense sociale et à sécuriser la trajectoire devant les institutions européennes. Le signal envoyé est clair :
fixer un « cap »et engager l’appareil d’État, tout en prévenant les dérives par une responsabilisation des ministres.
Reste à éprouver la faisabilité politique d’un tel programme dans un contexte d’inflation normative et de tensions sociales latentes. En affichant une discipline budgétaire sans levier fiscal, le candidat opère un choix assumé qui structurera la compétition présidentielle et pèsera sur l’agenda des prochains mois.