Une montée en puissance de la coopération militaire à Fort-de-France
Le 33e Régiment d'infanterie de marine, implanté à la caserne Gerbault au cœur de Fort-de-France, reçoit depuis plusieurs rotations des militaires des Forces armées d'Haïti (FAD'H) dans le cadre du programme opérationnel SABRE. Lundi 3 août, vingt-cinq soldats haïtiens ont atterri à l'aéroport Aimé-Césaire du Lamentin avant d'être accueillis pour une formation intensive axée notamment sur le combat urbain, le tir et le secourisme.
Ces stages ne relèvent pas du simple entraînement symbolique : les soldats formés retourneront en Haïti pour affronter des groupes armés ayant plongé le pays dans une violence urbaine meurtrière depuis l'assassinat du président Jovenel Moïse en 2021. La Martinique devient ainsi un lieu opérationnel pour une montée en compétences destinée à être mise directement en œuvre sur le terrain haïtien.
Organisation et objectifs du partenariat
L'organisation de ces rotations repose sur une coordination tripartite : l'ambassade de France en Haïti pilote les missions, le 33e RIMA assure la formation pratique et les Forces armées des Antilles encadrent les déploiements. Depuis le lancement du dispositif, près de 200 militaires haïtiens sont déjà passés par la caserne Gerbault, signe que cette coopération prend un rythme régulier.
- Objectif déclaré : renforcer les capacités opérationnelles des FAD'H.
- Moyens : entraînements intensifs (combat urbain, tir, secourisme, méthodes d'intervention).
- Acteurs locaux : 33e RIMA et Forces armées des Antilles, avec la logistique de l'aéroport du Lamentin.
« La dissolution de l'armée il y a trente ans était une décision funeste, la pire jamais prise en Haïti. »
Cette phrase, prononcée récemment par Antoine Michon, alors ambassadeur de France en Haïti en fin de mission, éclaire la justification politique du partenariat. La remise sur pied d'une armée haïtienne intervient après trente années sans force armée nationale, période durant laquelle la sécurité a essentiellement reposé sur la police.
Conséquences locales et enjeux
Pour Fort-de-France et la Martinique, l'accueil régulier de militaires étrangers sur une base métropolitaine soulève des enjeux concrets : montée en visibilité des capacités de la caserne Gerbault, mobilisation des moyens logistiques locaux (transports, hébergement, sécurité), et attention renouvelée sur l'impact humain de ces formations. Sur le plan diplomatique, la présence martiniquaise participe à une réponse régionale à la crise haïtienne, tout en plaçant la collectivité au cœur d'un dispositif sensible.
| Élément | Chiffre / Lieu |
|---|---|
| Arrivées du 3 août | 25 soldats |
| Nombre total formés depuis le lancement | près de 200 |
| Site d'accueil | Caserne Gerbault, Fort-de-France |
À court terme, la formation dispense des compétences immédiatement applicables en situation de crise. À moyen et long terme, la question reste politique et sociale : comment ces nouvelles capacités seront-elles employées en Haïti, dans quels cadres juridiques et avec quelles garanties en matière de droits humains ? Ces interrogations accompagnent, ici à Fort-de-France, l'effort logistique et pédagogique engagé au bénéfice de la stabilité régionale.
La Martinique, en accueillant ces rotations, joue un rôle concret dans une dynamique régionale complexe. Pour les habitants de Fort-de-France, il s'agit d'un exemple parmi d'autres montrant combien les enjeux sécuritaires des voisins de la Caraïbe peuvent se traduire par des activités tangibles sur le territoire local.